Sardaigne : La belle inconnue

Sauvage, encore peu fréquentée, c’est une île étonnante aux richesses mésestimées. Humblement délectable.

Par Béatrice Leproux (texte et photos)

SARDAIGNE

La côte près de S’Archittu ©Béatrice Leproux

Reliefs très escarpés, plages de sable blanc, multitude de criques, falaises battues par les vagues, petits villages balnéaires ou de montagne silencieux hors juillet et aout, c’est la Corse il y a vingt ans, en plus sauvage, moins touristique et où le visiteur est toujours une curiosité bienvenue.

Un désert dans un écrin de verdure
Prairies, bois de chênes liège, champs d’oliviers, vergers, avec des sommets frisant les 2000 mètres, des fleuves de nature torrentielle d’où s’échappent maintes rivières et toutes ces sources de montagne, comment a-t-on pu imaginer l’île volcanique autrement que verdoyante ? Bien sûr, il y a quelques exceptions dont cet insolite désert de dunes, vision irréelle sur la Costa Verde au Sud-Ouest.

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Désert de Piscinas ©Béatrice Leproux

Cinq petits kilomètres carrés jaune et ocre, mobiles sous la poussée du mistral et parsemés du brun et du vert des genévriers et des lentisques. Sans visiteur – il y fait 40° à l’ombre l’été- ni bruit –celui des vagues est étouffé- hormis le crissement des cigales, ce micro Sahara offre un refuge au cerf sarde et aux tortues de mer Caretta qui viennent pondre sur la plage

Trésors de l’Age de Bronze

Au beau milieu des cultures ou des pâturages trônent des tours mégalithiques. L’île recèlerait plus de sept mille de ces nuraghi ou nouraghes de basalte aux trois quart effondrés et envahis de végétation. Il y a 1500 ans durant l’âge de bronze se développait la civilisation nuraghique.

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Restes d’un nouraghe près du Monte Ferru ©Béatrice Leproux

A l’apogée de cette société, les édifices mégalithiques prirent l’allure de véritables châteaux forts dotés de murailles, de tours accessibles par des escaliers de pierre et de meurtrières, le tout bâti dans un souci esthétique. Découverts il y a peu, des géants de grès datés du Xème siècle av. JC brandissent encore leurs armes, fixant leur ennemi de leur regard hypnotique.

 

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Un giganti, musée de Cabras ©Béatrice Leproux

En comparaison, les sites antiques nous paraissent rapprochés dans l’histoire. Impressionnant, l’ancien port commercial phénicien de Tharros dans le golfe d’Oristano  a encore ses routes dallées de basalte, sa citerne à eau et des vestiges de thermes romains et de nécropoles (800 av.JC).

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Port de Tharros, San Giovanni ©Béatrice Leproux

A l’église jour après jour

Les villages sardes se méritent. Avant tout, se poster au bistrot, lieu social par excellence et se régaler de bon café et des roucoulades rocailleuses des hommes. Pas une femme, jamais. Ou alors c’est qu’elle vient du continent. Autrement dit une étrangère.

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Clocher aux tuiles vernissées Sennariolo ©Béatrice Leproux

La vraie Sarde, elle, se rend à l’église tous les jours, cuisine, lave et brique tous azimuts. Bâtie de bric et de broc, rafistolée entre deux ruines, celle-ci est montée sur plusieurs niveaux et appuyée aux voisines plus ou moins reliées entre elles par des successions de terrasses.

L’esthétique n’est pas forcément de la partie et pourtant, au détour d’une ruelle ou enchâssée entre deux rafistolages de béton, émerge une chapelle du XIème, une noble façade aux balcons en fer forgé ou un petit bijou de sanctuaire.

Traditions inaltérées

Ne manquer pour rien au monde le petit marché hebdomadaire où pétaradent les triporteurs et où les bougies christiques et saintes vierges s’exposent parmi les casseroles et les jouets. Et acheter produits frais et artisanat. La Sardaigne n’est pas riche, le visiteur est le bienvenu s’il ne prend pas son air citadin et supérieur et consomme délicieusement local.

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Filets tendus pour la récolte des oliviers à Cuglieri ©Béatrice Leproux

Enfin courir aux fêtes populaires et votives, innombrables sur l’île. Lors des danses ou des processions au son des tambours défilent bergers ou notables en costume traditionnel derrière les chars à bœufs ou entre les oriflammes. Folklore et traditions populaires mêlent religion, paysannerie, gastronomie, pétards et courses de chevaux et donnent à la Sardaigne un caractère particulièrement puissant dont l’authenticité résonne jusque dans les chants polyphoniques, symboliques du peuple pastoral sarde.

 

Fresques de l’artiste Pina Monne, Sagoma ©Béatrice Leproux

SARDAIGNE ET CORSE : LES FAUSSES JUMELLES

On a tendance à comparer les deux îles distantes de quelques miles seulement. Leur histoire insulaire et les influences subies ont sans aucun doute créé des similitudes : langues approchantes, chants polyphoniques, caractère fier et ombrageux, drapeau orné du même symbole mauresque.

Géologiquement jumelles, certes – Il y a des millions d’années, la Corse, la Sardaigne et la Provence formaient un seul ensemble – mais géographiquement et économiquement inégales : sur une superficie trois fois plus importante (24 000 km2 contre 8 600) les Sardes sont cinq fois plus nombreux (1,7 million contre 320 000) soit 69 hab/km2 contre 36 hab/km2.

Le PIB par habitant de la Sardaigne est par ailleurs bien moins élevé. Surtout, la Sardaigne est plus sauvage, nettement moins touristique, meilleur marché et… on y parle l’italien. Et on y mange aussi bien que de l’autre côté de la mer Tyrrhénienne et immanquablement frais et local.

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Plage de San Giovanni ©Béatrice Leproux

2100 CENTENAIRES SUR 1,6 MILLIONS D’HABITANTS

Les paysans sardes travaillent dur. Ils savent aussi prendre le temps de vivre et surtout, de vivre longtemps, comme en atteste le nombre élevé de centenaires dans l’île (30,9 centenaires pour 100.000 personnes).

A tel point que biologistes, démographes et généticiens étudient ce phénomène. Le mode de vie équilibré y est sans doute pour beaucoup : quand le Sarde ne cultive pas son potager, il n’a de cesse de grimper les ruelles de son village ou les escaliers de sa maison bâtie sur plusieurs niveaux. Pas d’indice côté régime alimentaire, naturel et riche en huile d’olive et en amandes certes, mais généreuse en charcuterie et en viande. Un gène de longévité, l’influence possible de champs magnétiques et l’impact des traditions familiales… ? Les scientifiques n’ont pas encore percé le mystère.
Le record mondial est détenu par la région de l’Ogliastra : 22 centenaires pour 100.000 habitants contre 8 dans le reste de l’Italie.

 

BONNES ADRESSES SARDES

Descendre à Cuglieri, bourg agropastoral au dessus de la mer et site d’une ancienne ville romaine. Airbnb 15542543 et 672821 ; à Piscinas, au milieu du désert de dunes avec un grand chef aux fourneaux http://ledunepiscinas.com/en/ , au dessus-d’une falaise au Capo Nieddu Country Resort and SPA posé sur la falaise et fameux pour son vin www.caponieddu.it/ ou à 30km dans les terres au Janas country resort, petit coin d’Afrique dans le golfe de l’Asinara. www.janashotel.it/

Visiter les sites archéologiques :

Su Nuraxi, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO : reconstitution d’un village nuraghique <a href= »http://www.sardegnacultura.it/j/v/253?s=20578&v=2&c=2489&c1=2127&t=1″>www.sardegnacultura.it/j/v/253?s=20578&v=2&c=2489&c1=2127&t=1

Le Musée de Cabras où sont exposés les Géants de Monte Prama www.museocabras.it

Tharros, port commercial phénicien (800 av.JC)  www.sardegnacultura.it/j/v/253?s=21268&v=2&c=2489&c1=2125&t=1

Déjeuner en bord de mer à « la Scogliera » www.lascogliera.info/ (Santa Catarina), au Alta Marea (S’Archittu) www.altamareasarchittu.it/it/, sur la plage de Maimoni , Au slow Food restaurant dans une ancienne cabane de pêcheurs ou « falesco » www.maimonicafe.it , en bordure de bois de chênes à la pizzeria- rôtisserie da Francesco à Santu Lussurgiu, spécialiste des grillades au feu de bois +39 0783 551105. A la Casa del Vento sur la route magnifique 49 entre Bosa et Alghero +39 347 182 2074.

Rapporter une bague en fil d’argent ou d’or (Bosa), un couteau sarde, sorte de canif en os ou en corne et sans cran d’arrêt (Alghero), corbeilles et paniers en vannerie (Flussio), de l’huile d’olive des frères Cocco (Cuglieri), de la poutargue, spécialité sarde à base d’œufs de mulet pressés, salés et séchés (usine de Cabras), les fromages Pecorino Sardo (au lait de brebis) et Casizolu (confectionné exclusivement avec le lait des vaches Sardo Modicana), les vins Vermantino, Vernaccia et Malvasia (Bosa).

A LIRE

Ecrivain, scénariste et dramaturge sarde, Marcello Fois est un grand nom du polar italien.

Auteurs de romans noirs impitoyables et de sagas historiques dur fond d’analyse du siècle italien, Fois dénonce des réalités sociales et politiques. Il vit entre Bologne et Gavoi, son petit village de Sardaigne, où il a fondé un festival littéraire en 2004.

Sardaigne, Le Petit Futé .

Y ALLER

Donatello, la marque spécialiste sur l’Italie du Groupe Kuoni France, propose un circuit au volant à partir de 975€ TTC par personne. Vol Meridiana Paris/Olbia/Paris (de mai à octobre),, location de voiture de catégorie C pour 7 jours, 7 nuits en chambre double avec petits déjeuners en hôtels 3 et 4 étoiles (norme locale), à choisir parmi un grand nombre d’adresses sélectionnées par Donatello même des agritourismes. Possibilité d’autres auto-tours à la carte au départ de Cagliari. Tél. : + 33(0)1.55.87.85.85 www.kuoni.fr

www.gooristano.com

www.italia.it/fr

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À propos de l'auteur

Maitrise de la Sorbonne (Paris IV) et un diplôme d’instit en poche, Béatrice Leproux part enseigner à La Nouvelle-Orléans. Puis elle reprendra des études de théâtre, de mime et de chant lyrique en France et aux Etats-Unis, travaille comme comédienne pendant quelques années jusqu’à ce que son témoignage la propulse à la rédaction de Cosmopolitan. Puis ce sera France-Soir, Aventure FM et la télévision : productrice de sitcom et de talkshows, directrice des programmes documentaires et magazines de France 2. Retour à la presse écrite en tant que rédactrice en chef adjointe de VSD puis développeuse pour Prisma Presse. Nommée rédactrice en chef du site web économique BFMBiz.com, on lui propose d’animer des formations professionnelles. En techniques journalistiques d’abord (PQR, presse magazine), en media-training puis en management et cohésion d’équipe.Désormais journaliste free-lance, Béatrice Leproux collabore aussi à Géo, Avantages et Victoire Magazine.

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