Marienbad, Carlsbad, perles de la Bohème tchèque

Marienbad, Carlsbad: Ces deux villes thermales ont vu passer tout ce que l’Europe comptait alors de têtes couronnées, d’écrivains et de musiciens… On les apprécie pour leur beauté et leur charme rétro tout en profitant de leurs bienfaits.

 


Marienbad ou la genèse d’une ville thermale

Ses hôtels et ses bâtiments de style austro-hongrois sont les témoins d’une époque flamboyante, quand la fine fleur européenne venait ici prendre ses quartiers d’été à proximité des parcs et des jardins perchés à 600 mètres et invitant à la promenade. La ville au nom célébré par Alain Resnais et Barbara est restée fidèle aux promesses flottant dans son sillage. Sa prospérité remonte à 1808 avec la découverte d’une source riche en minéraux qui a fait basculer son destin en la transformant en station thermale huppée. La source, baptisée Marie, (d’où le futur nom de la ville) attire bientôt au-delà des frontières. D’autant qu’on en découvre encore une quarantaine avec chacune des vertus particulières. Très vite un véritable joyau architectural sort de terre et en 1808 Marienbad est déclarée Ville thermale.


Têtes couronnées, écrivains et musiciens y prenaient leurs quartiers d’été

Son éclectisme néo-Renaissance, néo-Baroque et Art nouveau attire les célébrités dans les hôtels aux façades pastel ornées de volutes, de colonnes et de frontons sculptés. Le roi Edouard VII en personne et l’empereur François Joseph s’y rencontrent dans le plus luxueux des hôtels, le Nové Lazné comme en atteste la cabine de bain privée du roi toute de marbre et de fresques orientales et la chambre de l’Empereur. Wagner, Chopin, Malher, Kafka, Dostoïevski, Nietzsche, Kipling, Twain fréquentent les lieux ainsi que le plus célèbre d’entre eux, Goethe qui souffre à 72 ans les affres d’une passion éconduite par Ulrike von Levetzow âgée de 17 ans.


Des eaux riches en minéraux qui soignent

La guerre de 1914 sonne le glas des festivités puis l’époque communiste nationalise les spas : les fastes périclitent, mais les affaires reprennent néanmoins dans les années 2000. Au Danubian hôtel group et ses trois grands hôtels reliés entre eux par des couloirs souterrains, on passe d’un mode de soins à l’autre sans se rhabiller. L’impératif ? Apprendre à boire et à marcher pour que les huit sources curatives s’attaquent aux désordres gastriques, articulaires, respiratoires, neurologiques ou cardiaques. Avec ingestions quotidiennes d’eau thermale riche en minéraux et autres dioxydes d’azote. Un rituel qui s’effectue avec de drôles de tasses à bec qu’on peut louer à la journée ou emporter comme souvenir. Pour la promenade quotidienne à l’abri du soleil ou des intempéries, la plus vaste colonnade de Tchéquie, 119 mètres érigés en 1888, permet l’accès gratuit aux sources.


Festivals et concerts rendent festive la vie thermale

On flâne tout en se soignant, en faisant peut-être de belles rencontres sous cette merveille de fer et de verre à la Gustave Eiffel. Bains, enveloppements, massages, injections antidouleurs de CO2 complètent les traitements. Le top du top étant le “bain de Marie“, un rituel régénérant effectué dans un bassin, enveloppés d’un nuage gazeux jusqu’à la taille avec inhalation d’oxygène en même temps.
Sous les hautes voûtes du Casino, trois moments forts remportent un franc succès : le Festival Chopin, l’ouverture de la saison thermale et le Festival de jazz. Les marcheurs empruntent le funiculaire qui les mène au sommet tout proche pour une randonnée dans la forêt après un déjeuner raffiné au restaurant de l’hôtel Rübezahl, juste à l’arrivée. Cet ancien relais de chasse autrefois fréquenté par les têtes couronnées offre une balade de charme dans son parc dont les sculptures évoquent les contes de fées.

Stitched Panorama

Carlsbad, un geyser propulse au sommet sa renommée

Sa belle architecture austro-hongroise et ses nombreuses sources thermales ont attiré ici le roi Karl IV dès 1358. C’est lui qui le premier découvre le geyser à l’origine de la station alors qu’il chasse le cerf en forêt. Deux siècles plus tard, une première vraie thérapie est mise au point et Carlsbad devient ville thermale. Aujourd’hui le geyser crache toujours son eau au centre de cette ville accueillante aux façades pastel qui longe la rivière Teplé dans une vallée cernée de montagnes. Mais attention aux coups de vent quand vous passez devant, vous pourriez vous brûler. On peut en suivre l’émergence en se faufilant dans l’étroit boyau qui suit sur cent mètres le cours de la rivière. On y voit l’eau thermale suinter à travers les parois et glouglouter sur la berge avant d’être acheminée vers les centres de soins.

Des colonnades pour flâner entre les sources thermales

Elles sont dispersées dans la ville et abritent les curistes autour de ses huit sources. Pierre le Grand, François-Joseph et Edward VII ont fréquenté ces architectures typiques des villes thermales. Sans oublier les musiciens et les poètes. Goethe encore, Schiller, Beethoven, Chopin, Dvorák…Chaque colonnade a sa beauté et son charme. On doit celle en dentelle de fonte du Verger aux architectes Fellner et Helmer. Plus loin, la colonnade du Moulin, 1881, repose sur 124 colonnes solennelles dont les chapiteaux corinthiens et les sculptures en pierre blonde se succèdent sur 132 mètres. La colonnade du Marché, en bois blanc sculpté, se distingue par son air de montagne tyrolienne. Sans oublier celle du Château et celle du Geyser par laquelle on accède aussi aux souterrains… Début juillet, le Festival du film de Carlsbad, digne de ceux de Berlin, Venise ou Cannes, attire depuis les années 1950 les cinéastes et stars du monde entier autour de films tournés en Europe et en Russie. Le Grand hôtel Pupp, palace mythique, en devient alors l’épicentre. Une scène de James Bond fut même tournée sur place pour Casino Royale. Et dans cette ambiance luxueuse, le temps d’une cure régénérante, on se sent évoluer dans un monde passé, romantique à souhait, à la Gogol ou à la Stephen Zweig.

 

Pratique
S’informer :
Office national tchèque du tourisme :
www.czechtourism.com
Y aller :
Czech Airlines assure plusieurs vols quotidiens Paris CDG -Prague
www.czechairlines.com
Monnaie:
1 euro : 25,50 CZK
Voir à Marienbad :
– Maison/Musée Gœthe à Marienbad : Le poète séjourna dans cette vieille maison Trois ans de suite, amoureux il y écrivit l’Elégie de Marienbad.
www.muzeum-ml.cz
– Festival Chopin : du 16 au 25 août 2018
http://www.kisml.cz/en/cultural-programs/chopin-festival/program/
Voir à Carlsbad :
– Festival du film. Du 29 juin au 7 juillet 2018.
https://www.screendaily.com/news/karlovy-vary-2018-competition-line-up-revealed/5129683.article
Dormir :
A Marienbad :
Le Nové Lazné***** pour une immersion dans le luxe du siècle dernier, quand la jetset de l’époque séjournait parmi les têtes couronnées. Somptueuses piscines romaines et possibilité de soins dans les bains privés du roi Edward VII… L’hôtel fait partie du groupe Danubian Hotel Group.
www.danubiushotels.com
Déguster :
– Restaurant de l’hôtel Rübezahl à Marienbad. Accès au sommet du téléphérique. Une cuisine inspirée de la tradition revisitée avec maestria.
www.rebezahl-marienbad.com
– A Carlsbad , le restaurant Becherplatz. Dans une ancienne distillerie de la liqueur du même nom, cuisine locale copieuse et délicieuse.
https://becherplatz.cz/cs/restaurant

À propos de l'auteur

Titulaire d’un DEA de Lettres modernes Sorbonne, complétés par l’ESJ Paris (Ecole supérieure de journalisme) et après 6 six ans au Venezuela dans le cadre de la Coopération culturelle, Catherine Gary enseigne à l’Université René Descartes, au Lycée Turgot et à l’Ecole Supérieure de Tourisme. Tout en pigeant pour des maisons d'édition : traductions, lectures de manuscrits, rewritings. En 1997, elle occupe le poste de chargée de mission à la Communication et aux Nouveaux médias du Centre Georges Pompidou. Puis se tourne vers le journalisme : rédactrice en chef adjointe d’un magazine de tourisme et chargée de communication pour un magazine littéraire. Spécialisée dans les reportages tourisme, culture et société, Catherine travaille régulièrement pour Famille & Education, Divas, Destination Cuba, Lindigo (rédactrice en chef adjointe) et Infotravel. fr

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