Togo : Voyage aux sources de l’âme africaine


Entre plages dorées, lagunes ombrées de cocotiers, savanes arides, plateaux à foisonnante canopée, une multitude de peuples dépositaires de traditions et de mythes vous accueillent avec le sourire dans ce petit pays enserré entre Bénin et Ghana.

 

Texte et photos Catherine Gary

Lomé, la capitale, affiche en front de mer les beaux restes de sa prospérité. On l’appelait “la Suisse de l’Afrique“dans les années 70… Les temps ont changé, mais l’ambiance est toujours très accueillante et les affaires reprennent, nous dit-on. Le port de fret, très actif, exporte café, cacao et huile de palme tout en assurant du transit pour le Mali, le Burkina Fasso, le Niger : des voisins. Depuis la route longeant la côte, les palmiers laissent entrevoir les rouleaux fondant en éclats bruyants sur le sable et interdisant toute baignade. Mais sur la plage immense, des hommes se promènent en groupe ou se balancent au son de percussions improvisées. Deux kilomètres plus loin, c’est déjà la frontière du Ghana. On la remarque à peine : la même ambiance se prolonge dans l’effervescence portuaire… Petit tour dès l’arrivée au Marché aux Fétiches pour se mettre en train. Kiki, notre guide, nous a prévenus : ce n’est pas un marché comme les autres… En effet : sur une enfilade d’étals, un amoncellement de statuettes piquées de clous, des peaux de reptiles et de crocodiles, des crânes de buffles et d’oiseaux forment la pharmacie locale pour prescriptions de guérisseurs et de sorciers. Une vraie caverne d’Ali Baba qui vous accueille à l’entrée. De quoi perdre pied. Mais les enfants jouent gaiement, les vendeurs sont souriants : ils se doutent qu’on n’est pas là pour les mêmes raisons. Tiens, des philtres d’amour… Nous laisserons-nous tenter par cette décoction de plantes et de caméléon ?
Terre natale du Vaudou et de nombreuses traditions animistes…



« Ici, on est animiste du lundi au samedi, et le dimanche on va à l’église. On peut être chrétien et initié vaudou sans état d’âme », dit Kiki dans un grand éclat de rire. C’est le gentil syncrétisme façon locale. Les gris-gris et les amulettes protègent contre les maléfices et multiplient les forces. Les croyances varient selon les ethnies, une cinquantaine au Togo. Mais le culte des divinités reste une constante. Quant aux ancêtres, mieux vaut ne pas les oublier, ils manifesteraient leur courroux. Alors on verse le sang de la chèvre, du mouton, du poulet et l’on apaise leur colère. Près de Lomé, à Glidji, village du peuple Guin, le vaudou se perpétue dans la moiteur de la lagune. Hévioso, le maître de la foudre, Sakpaté, le dieu de la terre, Amui Ara la mère de l’eau, sont invoqués par le prêtre de la forêt sacrée. C’est lui, tout de blanc vêtu, qui rapporte, lors de la cérémonie du Kpessosso, la pierre qui traduit les oracles sacrés. Nous ne connaîtrons pas le secret du Zangbeto, une autre cérémonie vaudou durant laquelle l’âme du gardien de la nuit vient s’incarner. Mais le spectacle de ces grands mannequins de paille virevoltant en tous sens dans un nuage de poussière, tandis que les tam-tams résonnent avec frénésie, a de quoi surprendre : il en sort comme par miracle un serpent, un crocodile ou un lapin et tout le village de s’exclamer et de danser. La transe n’est pas loin. Bien sûr, nous ne verrons pas les rites plus secrets et les sacrifices dans la forêt sacrée : le mystère du Vaudou reste entier… Les Ewe et les Guins au Sud, les Ana et les Tem dans la région Centrale, les Kabyés et Tamberma de la région de Kara… autant de peuples bien ancrés dans leurs traditions faites de respect des anciens, de sacrifices aux divinités et de danses colorées et rythmées… Plus au nord, dans la région des plateaux, à Atakpamé, nous assistons à une danse très différente, la danse Tchébé : les danseurs masqués, montés sur des échasses hautes de cinq mètres, se livrent à une chorégraphie aérienne à couper le souffle : leurs têtes dépassent le sommet des palmiers…

Dispersés dans la savane, les châteaux des TambermasInfotravel Chateau Tamberma
Photographe : Eric Valenne

Dans la région de Kara, la luxuriance des plateaux de Kpalimé fait place à la savane piquée de baobabs, de flamboyants et de manguiers. A l’ombre se tiennent les marchés. On observe la vie agricole et le secret des plantations. Celui de l’igname dont la racine se pique au sommet de buttes de terre entre lesquelles le riz sera planté. Ou la fabrication du Sodabi, l’alcool local, après fermentation et distillation du jus de palme à même le sol… Les simples cases aux toits de palme qui jalonnent le littoral font place à des habitats plus élaborés. D’abord les soukalas, en pays Losso : des cases rondes aux toits coniques reliées entre elles par des murets. On nous invite à pénétrer… Les hommes sont aux champs. Dans la cour, une femme pile le manioc tandis que les poules picorent à proximité. Plusieurs générations vivent ici en communauté. On arrive ensuite sur le site Koutammakou : partout dispersés, des petits fortins à deux étages construits par “les vrais maçons, ceux qui façonnent le terre avec leur seul regard“. C’est ainsi que se nomment les bâtisseurs aux mains nues du pays Tamberma. Leurs takiendas ont été inscrites au Patrimoine Mondial par l’Unesco pour leur beauté. Les tourelles couvertes de chaume sont défendues par des meurtrières utiles autrefois pour se défendre contre les envahisseurs. On craignait aussi terriblement les razzias d’esclaves et, pour ne pas se laisser surprendre, les habitants entraient chez eux à reculons… Le chef du village, entouré de sa nombreuse progéniture, nous fait l’honneur de la visite du village. Devant chaque petit château se dressent les autels pour les offrandes et les fétiches. Au rez-de-chaussée, meule, poulailler et étable ; greniers à céréales et chambres à l’étage… L’autarcie est presque complète et, malgré la frugalité de cette vie au cœur de la savane, les traditions sont fortement ancrées. Ces ethnies ne semblent pas trop perturbées par notre arrivée ; la preuve en est l’absence de mendicité. Rares encore sont les étrangers à s’aventurer sur la longue route depuis Lomé. Gageons que l’essor d’un tourisme responsable saura les préserver…

infotravel ceremonie vaudouPratique
Se renseigner :
Ambassade du Togo. 8, rue Alfred Roll 75017 Paris
Tél. : 01 43 80 12 13.
Association France-Togo. 9 boulevard de Vanves 92 320 Châtillon
Tél. : 01 46 56 51 67

 

 

Photographe : Eric Valenne

Comment y aller ?
– Air France  propose 4 vols directs Paris-Lomé (mardis, jeudis et samedis). 6h15 de trajet.
Tél. : 36 54 (0,34 euros/min).  www.airfrance.fr. A partir des 780 euros A/R
– Alba Travel Service propose un circuit de 8 jours/7 nuits : Kpalimé/Atakpamé/Sokodé/pays Losso, Koutamakou, Kabyè/Kara/Notsé/Agbodrafo/Togoville :une découverte des aspects les plus représentatifs des traditions et des richesses naturelles et culturelles du Togo.
A partir de 1105 euros. www.albatravel.tg
– Parfums du Monde propose également un circuit complet du Togo dès le mois d’avril.
www.parfums-du-monde.fr

 

Quand partir ?
La meilleure saison pour découvrir le Togo est d’octobre à mars : les pluies sont rares et la chaleur est supportable.
Formalités :
– Passeport en cours de validité.
– Visa  assuré par l’Ambassade. Pour ceux qui ne peuvent s’y déplacer, Visas Express s’en charge Tél. : 0 825 08 10 20
– Vaccins : il est impératif de se faire vacciner contre la fièvre jaune.
– Traitement indispensable contre le paludisme : le traitement varie selon la région visitée, la période et la personne concernée.
– Monnaie locale : le CFA. Il s’aligne sur l’euro selon un taux de conversion de 1 euro pour 656 CFA.

Bonnes adresses sur  place :
– Lomé : Hôtel Ibis. Central et très agréable.
www.accorhotels.com
– Lomé : Restaurant Coco Beach: fruits de mer et poissons à gogo et seule plage où se baigner dans la mer ! www.hotel-togo-cocobeach.com
– Agbodrafo, près de Lomé : Hôtel Le Lac  : www.hotellelactogo.com
– Kpalimé : Chez Fanny : Hôtel accueillant et excellent restaurant e-mail :
[email protected]

Lire :
Le Petit Futé Togo. Le seul guide exclusif sur le pays.

 

Entre plages dorées, lagunes ombrées de cocotiers, savanes arides, plateaux à foisonnante canopée, une multitude de peuples dépositaires de traditions et de mythes vous accueillent avec le sourire dans ce petit pays enserré entre Bénin et Ghana.

À propos de l'auteur

Titulaire d’un DEA de Lettres modernes Sorbonne, complétés par l’ESJ Paris (Ecole supérieure de journalisme) et après 6 six ans au Venezuela dans le cadre de la Coopération culturelle, Catherine Gary enseigne à l’Université René Descartes, au Lycée Turgot et à l’Ecole Supérieure de Tourisme. Tout en pigeant pour des maisons d'édition : traductions, lectures de manuscrits, rewritings. En 1997, elle occupe le poste de chargée de mission à la Communication et aux Nouveaux médias du Centre Georges Pompidou. Puis se tourne vers le journalisme : rédactrice en chef adjointe d’un magazine de tourisme et chargée de communication pour un magazine littéraire. Spécialisée dans les reportages tourisme, culture et société, Catherine travaille régulièrement pour Famille & Education, Divas, Destination Cuba, Lindigo (rédactrice en chef adjointe) et Infotravel. fr

Page archive de l’auteur

Poster un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *