Connue pour son histoire, Philadelphie surprend aussi par la diversité de ses espaces verts, qui en font l’une des régions les plus riches en jardins d’Amérique du Nord.
Si Philadelphie est connue pour être la ville où fut signée la Déclaration d’Indépendance, elle cache d’autres trésors insoupçonnés. Avec plus de 30 jardins publics et arboretums situés à moins de 50 km de son centre-ville, la région abrite la plus forte concentration de jardins de tout le continent nord-américain.
La richesse horticole de Philadelphie résulte de trois siècles de passion pour la terre. De l’aristocratie qui souhaitait reproduire le raffinement européen à la préservation de grands espaces naturels lors de l’expansion urbaine, Philadelphie a toujours su protéger ses jardins. Aujourd’hui, ce réseau offre une expérience unique au monde : la possibilité de passer, en moins d’une heure de route, d’une pépinière historique à une serre victorienne, en passant par un jardin zen traditionnel. Un voyage à travers le temps et les continents, au cœur même de la Pennsylvanie.
Shofuso, la seule toiture Hinoki hors du Japon
Nichée dans le cadre verdoyant de West Fairmount Park, la maison et le jardin de Shofuso offrent une parenthèse de sérénité japonaise au cœur de Philadelphie. Ce site unique témoigne des liens profonds entre Philadelphie et le Japon, qui remontent à l’Exposition universelle de 1876.
Photo by K. Huff
Construite au Japon en 1953 en utilisant des techniques et des matériaux traditionnels du XVIIe siècle, la maison a été exposée au Museum of Modern Art de New York avant d’être transférée à Philadelphie en 1958. Elle est le seul exemple d’architecture shoin-zukuri (style résidentiel classique japonais) en Amérique du Nord. Le toit est à lui seul un chef-d’œuvre artisanal : recouvert d’écorce de hinoki (cyprès japonais), il nécessite une réfection minutieuse tous les 40 à 50 ans, réalisée par des artisans venus spécialement du Japon. Autour de la maison, le jardin offre une vue imprenable sur un étang de carpes koï et une île miniature, conçus pour la méditation.
Shofuso est le cœur battant du Subaru Cherry Blossom Festival de Philadelphie en avril, lorsque les cerisiers en fleurs entourent la maison traditionnelle. Des cérémonies du thé et des ateliers d’ikebana sont également organisés tout au long de l’année.
Bartram’s Garden, les racines de la botanique américaine
Sur les rives paisibles de la Schuylkill river, à quelques minutes du centre de Philadelphie, se trouve Bartram’s Garden. C’est ici, en 1728, que John Bartram, un fermier quaker autodidacte, a fondé le tout premier jardin botanique d’Amérique du Nord.
Bartram n’était pas un simple jardinier ; il était un explorateur. Il parcourait les colonies, de la Floride jusqu’au Canada, pour collecter des spécimens de la flore autochtone qu’il cultivait et étudiait dans son jardin. Il fut le premier à commercialiser des graines et des plantes américaines en Europe, introduisant plus de 200 espèces indigènes dans le monde. La Franklinia alatamaha, un arbuste à fleurs blanches découvert par Bartram et nommé en l’honneur de son ami Benjamin Franklin, est la star du jardin : disparue à l’état sauvage depuis le début du XIXe siècle, elle survit aujourd’hui grâce aux descendants de celle plantée par John Bartram.
Longwood Gardens, le Versailles américain
Si la Pennsylvanie était un royaume, Longwood Gardens serait son château de Versailles. Situé dans la Brandywine Valley, à environ 50 kilomètres de Philadelphie, ce domaine de 445 hectares est la quintessence du raffinement horticole américain avec un conservatoire monumental de 4 hectares, chef-d’œuvre architectural de verre et de fer, qui abrite des milliers d’espèces exotiques.
L’histoire de Longwood est avant tout celle d’un sauvetage mémorable. En 1906, Pierre S. du Pont, industriel et botaniste passionné, achète une ferme quaker pour empêcher ses arbres centenaires d’être vendus au bois de chauffage. Il transforme le domaine en un lieu de plaisance grandiose, inspiré par ses voyages en Europe et sa fascination pour les fontaines de Versailles et les serres victoriennes de Kew Gardens.
Longwood Gardens propose une programmation événementielle tout au long de l’année 2026. Dès le 8 mai et jusqu’au 27 septembre, avec le festival des fontaines d’été, puis à l’automne avec l’exposition « Autumn’s Colors », et enfin en hiver avec « A Longwood Christmas ».
Andalusia Estate, dans les coulisses de l’aristocratie américaine
Andalusia Estate est une propriété qui semble figée dans le temps. Perchée au-dessus du Delaware, ce domaine de 20 hectares est l’ancestral foyer de la famille Biddle, l’une des lignées les plus influentes de Philadelphie.
Tom Crane Photography
La propriété est célèbre pour sa « Big House », un manoir néo-grec construit en 1836, qui domine les paysages avec ses colonnes monumentales rappelant le Parthénon. Les jardins qui entourent la demeure sont des joyaux de paysagisme formel. Le « Green Walk », une allée majestueuse bordée d’arbres, a été récemment restauré par la paysagiste britannique de renom Lady Arabella Lennox-Boyd, conférant au domaine une élégance européenne.
Andalusia est le seul jardin partenaire de la Royal Horticultural Society aux États-Unis, soulignant son importance internationale. Il continue de développer son arboretum, répertoriant plus de 1 000 arbres remarquables. Des visites guidées de la demeure, riche en mobilier d’époque, et des jardins sont organisées sur réservation, offrant une immersion exclusive dans la vie de l’aristocratie américaine du XIXe siècle.
