Escapade estivale à Guernesey

Manoir de Sausmarez

Le statut de paradis fiscal n’a pas fait perdre à cette anglo-normande sa fraîcheur naturelle et son charme. L’infini lacis des “ruettes“ qui la parcourent, la diversité de ses côtes et la luxuriance de sa végétation en font une destination dépaysante à deux encablures de la France.

Par Catherine Gary

Une île au caractère trempé
Il faut se pencher pour pénétrer dans la salle circulaire du Dehus, ce vestige de la préhistoire. La voûte du dolmen est soutenue par des blocs cyclopéens aux galeries intactes. Et nous voici immergés dans les balbutiements de l’humanité, à quelque 2 millénaires avant J-C. Cette matrice rocheuse, ce ventre de la terre, c’est comme un retour aux origines avec, gravé sur une paroi, un petit homme ébouriffé, “le gardien des lieux“, qui veille ici depuis toujours.


Revenus à l’air libre, direction la côte à travers des bocages de campagne qui rappellent la Bretagne. La chlorophylle des prairies glisse dans le bleu de la mer, piquée ici et là de petits cottages émergeant d’un fouillis de verdure et de fleurs, de haies impeccablement taillées, de murets. Les lacets sinuent entre vallons semés d’ajoncs. Hortensias, lavataires, agapanthes, camélias et fuschias entremêlent leurs couleurs vives avec, en toile de fond, la ligne des côtes, bordées de plages à l’ouest ou de crêtes découpées vers le sud. Une promesse de balades revigorantes le long des sentiers qui longent le rivage.

Partout, des villages : l’île est très habitée. On s’amuse au passage à la lecture des pancartes : route de Grosnez, Contrée des Clercs, Le Variouf, Les Jaonnets, Les Eperons, Le Grand Havre…. Beaucoup de lieux en français. Un mélange de cultures qui fait aussi le charme de Guernesey. “Coume tchi qu’l’affaire va ?“ Peut-être entendrez-vous ainsi parler guernesiais, l’ancienne langue locale mâtinée de vieux français. Mais seuls les anciens la connaissent encore… dommage. Elle remonte au temps du duché de Normandie, maître du territoire jusqu’au XIIIè siècle. Quand la couronne anglaise prend le relais, la France n’a plus que les îles de la Manche pour pleurer. Un partage peu apprécié pour des raisons stratégiques et Guernesey n’en aura pas fini d’attiser les rivalités. Témoins les fortifications, châteaux, forts et tours de garde érigés un peu partout sur les côtes. Comme Castel Claret sur le rocher de Saint Peter Port, la capitale de l’île juchée sur sa colline descendant en douceur vers le port. La construction de ce fort remonte au règne de Jean sans Terre… Aujourd’hui, des musées y sont installés : celui de la Marine, de la milice royale de Guernesey, de l’histoire du château. Mais tous les jours, à midi, des soldats en uniforme tirent encore les coups de canon…

Victor Hugo, véritable ambassadeur de Guernesey
Proscrit par Napoléon III, le poète, réfugié en Belgique puis à Jersey, arrive en 1855. Il y restera 15 ans mais cet exil lui sera doux. “Ce rocher d’hospitalité et de liberté, ce coin de vieille terre normande où vit le petit peuple de la mer… l’île de Guernesey, sévère et douce“, dit-il en préface des Travailleurs de la Mer inspiré par la vie des marins. Au dernier étage de Hauteville House, Hugo fait aménager un bow-window et travaille face à la mer. Quand le ciel se fait clair, il aperçoit les côtes françaises… Il se découvre une passion immodérée pour la décoration de sa maison, au décor quelque peu chargé comme son esprit tourmenté. Vieux buffets sculptés, coffres de corsaires, lits à baldaquins, portes transformées en cloisons, culs de bouteilles en verrières, faïences, tapis, tentures orientales s’accumulent dans un mélange des genres frisant la démesure. « Un véritable autographe en trois étages », commente à l’époque son fils. Hugo arpente l’île en tous sens, infatigable. A Firmain Bay, au sud-est, il aime se baigner. Un peu plus loin, à Moulin Huet, il pique-nique en famille. Sur la côte nord il trouve les lieux emblématiques de son roman sur la mer. A Saint-Sampson et au Gouffre, le petit port en bas des falaises. A Pleinmont, des scènes François Truffaut filme des séquences de son Adèle H… En hommage local, une pâtisserie l’arbore en enseigne de Victor Hugo dans une rue animée de Saint Pierre Port. Et tout en haut, dans les Candie Gardens, la statue de celui qui fut sans soute le meilleur ambassadeur touristique de l’île semble s’ébranler vers le large…

Quelques surprises à l’intérieur des terres…
On dit que Little Chapel est “la plus petite chapelle du monde“. Cette reproduction en miniature de la basilique Lourdes est entièrement décorée de coquillages, de cailloux colorés et d’une multitude de morceaux d’assiettes de porcelaine consciencieusement récupérés. On la doit au frère Déodat, un moine qui s’installa à Guernesey en 1913. Un journaliste du Daily Mirror passant par là à l’époque, et surpris de ce minutieux et patient travail, en parla si bien alentour que des porcelaines du monde entier affluèrent pour permettre au saint homme de terminer son ouvrage. Des petits bouts de Chine, de France, de Portugal ou d’Angleterre font ainsi voyager les visiteurs sur des bouts d’assiette assemblés durant des années.
A Saint Martin, le manoir de Sausmarez mérite aussi la visite. Construit au XVIè siècle, il a souvent été remanié. Ses murs de granit aux lignes sobres et harmonieuses abritent encore le dernier descendant des Seigneurs de Sausmarez, un vrai gentleman au charme très british qui vous fera peut-être découvrir son domaine. Les grandes salles, d’abord, qui honorent dans une belle galerie de portraits les générations qui l’ont précédé. Mais surtout les jardins subtropicaux où il faut se perdre à travers palmiers et bambous formant des voûtes sur vos têtes. Echiums géants, euphorbes, camélias et une multitude d’autres plantes prospèrent dans un microclimat privilégié. Un peu partout sont exposées des sculptures venues du monde entier. Une galerie végétale qui sert de cadre aux artistes sélectionnés par le maître des lieux. Et dont vous pouvez acquérir une œuvre si vous tombez sous le charme. Le dimanche matin, un marché bio très animé attire les gourmands dans le parc. Gâteaux maison, plantes, poteries locales ou plats cuisinés… un bric à brac très animé à deux pas du maître de céans.
Y aller :
Flybe : pas de vol direct. Paris CDG-Jersey : à partir de 187 euros A/R.
Puis Aurigny air. Jersey-Guernesey : 11 vols par jour. 87 euros A/R
www.flybe.com Tél. : 0871 700 2000
www.aurigny.com Tél. : 02 99 46 18 46

Se renseigner :
– Office de Tourisme de Guernesey :
www.visitguernesey.com

Où dormir :
– Hôtel Coco Bay. Idéalement placé en bordure d’une grande plage de sable fin sur la côte ouest, les couchers de soleil y sont somptueux. Calme et élégant. Excellent restaurant de fruits de mer, donnant sur la mer . Chambres à partir de 105 euros. www.cocobayhotel.com

Où bien manger :
L’île a de la chance : elle profite d’une multitude de produits naturels. Ceux de la mer tiennent une place très importante. Bars, lotte, soles, huîtres, crabes, homards, langoustes… sont accommodés avec maestria. Mais on observe aussi un goût très affirmé pour les légumes du jardin. Les restaurants de qualité abondent et sont très variés. Dans les pubs vous dégusterez une cuisine de terroir ou plus contemporaine et dans les restaurants, une gastronomie souvent très raffinée. De plus, tout le monde raffole des produits laitiers qui font des sauces et des déserts succulents.
– L’Escalier : un petit restaurant perché sur les hauteurs de Saint Peter Port qui propose une cuisine à la fois authentique et sophistiquée. Un vrai régal.
Tél . : (01481)710088
– Mora’s Restaurant. Sur le quai de Saint Peter Port. Un assortiment de poissons frais pêchés et accommodés de façon originale et goûteuse dans un cadre design.
www.mora.gg

À propos de l'auteur

Titulaire d’un DEA de Lettres modernes Sorbonne, complétés par l’ESJ Paris (Ecole supérieure de journalisme) et après 6 six ans au Venezuela dans le cadre de la Coopération culturelle, Catherine Gary enseigne à l’Université René Descartes, au Lycée Turgot et à l’Ecole Supérieure de Tourisme. Tout en pigeant pour des maisons d'édition : traductions, lectures de manuscrits, rewritings. En 1997, elle occupe le poste de chargée de mission à la Communication et aux Nouveaux médias du Centre Georges Pompidou. Puis se tourne vers le journalisme : rédactrice en chef adjointe d’un magazine de tourisme et chargée de communication pour un magazine littéraire. Spécialisée dans les reportages tourisme, culture et société, Catherine travaille régulièrement pour Famille & Education, Divas, Destination Cuba, Lindigo (rédactrice en chef adjointe) et Infotravel. fr

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