À seulement une heure trente de la capitale, le département de l’Aisne déploie des trésors insoupçonnés.
Des hauteurs médiévales de Laon aux méandres de la rivière Oise, en passant par les cicatrices héroïques du Chemin des Dames, ce territoire est une invitation à remonter le temps. Entre architecture Art Déco et utopie sociale… Voici votre carnet de route des beaux jours pour une immersion totale au cœur du Laonnois et de la Thiérache.
Laon : la « Montagne Couronnée » et sa Ville Haute
Surgissant de la plaine, la ville haute de Laon trône sur une butte témoin de 100 mètres de haut. Ce promontoire, surnommé la « Montagne Couronnée » en raison du profil de sa cathédrale et de ses remparts, abrite l’un des plus vastes secteurs sauvegardés de France. Une déambulation dans ses ruelles pavées est le préambule indispensable avant d’aborder le géant de pierre qu’est la cathédrale Notre-Dame de Laon.
La Cathédrale Notre-Dame de Laon : la jumelle de Paris
Saviez-vous que la cathédrale de Laon est la jumelle de Notre-Dame de Paris ? Cette révélation architecturale frappe dès que l’on observe ses tours ornées et sculptés. Pour une expérience immersive, le transept sud et sa tour se visitent sur réservation auprès de l’Office de Tourisme situé au pied de l’édifice sur la Place du Parvis.
La visite guidée, menée par des guides passionnés comme Lucie, vous emmène sur le couloir des hauteurs du transept sud. Vous y découvrirez l’alignement impressionnant de 200 « plate-tombes ». Ce sont des pierres gravées à l’effigie des défunts, dont un certain nombre sont identifiées. Ces dalles ont été remontées du dallage de la nef pour être préservées et exposées ici.
Ne manquez pas l’armoire en bois abritant une horloge ancienne : on y lit encore le mot « Kommandatur » écrit à la craie, stigmate de l’Occupation durant la Seconde Guerre mondiale. Depuis la première terrasse extérieure, le panorama est saisissant : par temps clair, on distingue Saint-Quentin à 50 km sur la droite et Soissons à 30 km sur la gauche.
Si vous n’êtes pas sujet au vertige, vous pourrez progresser et attreindre la terrasse supérieur.
Exploration des souterrains : des carrières aux prisons
Sous les pavés de la ville haute se cache un labyrinthe de pierre. Les souterrains de Laon, exploités sur trois ou quatre niveaux, ils racontent une histoire millénaire. Le parcours actuel s’articule autour de neuf séquences thématiques utilisant des projections pour retracer l’évolution de ces anciennes carrières de calcaire.
L’un des clous de la visite est pour ma part la salle des silos. Ces réservoirs à céréales ont été transformés en prisons dès le 12e siècle. Le 13 octobre 1307, l’ordre des Templiers y voit ses membres enfermés sur ordre du roi. Vous pourrez d’ailleurs observer des graffitis laissés par ces chevaliers avant leur transfert pour leur procès historique.
Le Chemin des Dames : sur les traces de la Grande Guerre
À 30 minutes de voiture au sud de Laon, non loin du Soisssonnais, la route D18 serpente sur une crête chargée d’histoire entre les vallées de l’Aisne et de l’Ailette.
En observant le bord de la chaussée, vous remarquerez une ligne bleue continue : elle matérialise l’emplacement de la ligne de front. Ce « Chemin des Dames » doit son nom aux deux filles du roi Louis 15 qui l’empruntèrent une seule fois pour rejoindre le château de la Bove.
La Caverne du Dragon : un musée sous la terre
Point d’orgue de ce parcours mémoriel, la Caverne du Dragon est une ancienne carrière de pierre devenue un enjeu stratégique majeur lors de la première guerre mondiale. Les Allemands s’y installent dès 1914 après la bataille de la Marne. Ce refuge souterrain changera sept fois de camp. Ce sont les Allemands qui baptisent ce blockhaus naturel « Drachenhöhle », soit la Caverne du Dragon, inspirés par la présence de fumées à chaque sortie et rappelant l’antre du dragon des opéras wagnériens.
La visite révèle des anecdotes captivantes, comme l’origine de l’uniforme bleu horizon : au-delà de la naissance du concept de camouflage dans les armées modernes, c’est par faute d’approvisionnement en pigments rouges (le fameux rouge garance) que l’armée française opta pour ce gris-bleu plus discret. Lors de la visite, on apprend qu’une figure célèbre y aurait également laissé sa trace : monsieur Walt Disney servait comme brancardier sur ce secteur de front.
Villages mémoriaux et panoramas de l’Ailette
Le parcours se poursuit vers Cerny-en-Laonnois, où se côtoient cimetières britanniques et français. À proximité, la Ferme d’Hurtebise illustre la continuité des combats avec sa statue rendant hommage au « Poilu » de 1914 et au « Grognard » de 1814. Il existe même un monument dédié aux rugbymen tombés au champ d’honneur.
Le saviez-vous ? C’est ici que le Général Nivelle fut limogé après l’échec de son offensive, popularisant l’expression « se faire limoger » en référence à son transfert forcé à Limoges après le massacre de millier de fantassins sous ses ordres. Le général est responsable de la mort de 100 000 soldats français en huit jours seulement ! Une véritable hécatombe dans l’histoire de France.
Nature et détente au Lac de l’Ailette
Pour une pause bucolique bienvenue en fin de journée, l’étang de l’Ailette et situé au pied du village de Chamouille et à quelques kilomètres de Craonne. Cette zone naturelle au vrai sens du therme, offre une étape exceptionnelle à beaucoup d’osieaux migrateurs.
L’Hôtel du Golf, en bordure d’eau, est l’arrêt idéale pour les amateurs d’ornithologie et de calme. En y passant une ou deux nuit, c’est le point pivot parfait pour rayonner entre Laon et la Thiérache. Diner sur la terrasse les soirs d’été avec la nature envrionnante et servi par un personnel très sympathique est quelques chose de très agréable, surtout après une journée bien remplie.
Le Familistère de Guise : l’utopie sociale de Godin
Plus au nord, au coeur de la Thiérache, à Guise, s’élève le « Palais Social », soit le Familistère de Guise ou la cité utopique des ouvriers voulu par Jean-Baptiste André Godin. Au 19e siècle, cet ancien ouvrier serrurier, marqué par la misère ouvrière lors de son Tour de France, a bâti un ensemble architectural révolutionnaire pour ses employés.
Le site comprenait 2000 appartements, dont 15 sont encore occupés aujourd’hui, un théâtre de 1000 places, une buanderie, des commerces, une piscine, une école laïque et mixte créée vingt ans avant les lois Jules Ferry. Les femmes y votaient dès 1880, bien avant le droit de vote national de 1944.
Ne manquez pas la buanderie-piscine sur la rivière Oise. Le fond du bassin était réglable en hauteur selon les besoins. Le Familistère est situé sur l’EuroVelo 3, la Scandibérique, offrant tous les services liés aux étapes cyclables.
L’estaminet bien dans le style de la région et qui est situé à côté de l’entrée des visites et du magasin de souvenirs à lair plein de promesses.
Saint-Quentin : capitale de l’Art Déco
Dernière étape de ce périple : Saint-Quentin. Si l’Hôtel de Ville a miraculeusement survécu aux guerres, la ville a été largement reconstruite après 1918 en adoptant le style Art Déco. On dénombre pas moins de 3000 ornements et motifs typiques dans les rues de la plus grande ville de l’Aisne.
La Basilique et ses secrets
La Basilique de Saint-Quentin est l’une des plus vastes de France. Elle abrite un labyrinthe au sol de 250 mètres que les pèlerins parcouraient autrefois à genoux pour leur rédemption.
De par son importance historique et architecturale, même au sein du clérgé, il est accepté de comparer la Basilique de Saint-Quentin à une cathédrale.
Le Buffet de la Gare : un trésor caché
Pour ma part, le véritable joyau architectural bien caché est sans doute le Café de la Gare. Fermé habituellement au public, ce chef-d’œuvre Art Déco se visite uniquement sur rendez-vous avec un guide de l’Office de Tourisme. L’intérieur est resté intact, offrant un voyage temporel vers les années folles. À Saint-Quentin, un déjeuner au restaurant de la Villa d’Isle situé dans la rue principale, la bien nommée la Rue d’Isle, permet de s’immerger totalement dans cet univers décoratif.
Pour finir en douceur, le Parc d’Isle propose un moment de détente au cœur de la ville avec son parc animalier, son panda roux et ses nombreuses activités nautiques sur l’étang et rendez-vous culturels. Surtout pendant les mois d’été.
Des flèches gothiques de Laon aux reflets paisibles du lac de l’Ailette, des blessures du Chemin des Dames aux rêves humanistes du Familistère de Guise, jusqu’aux façades et trésors Art Déco de Saint-Quentin, cette partie de l’Aisne conjugue avec une belle harmonie mémoire, créativité et chaleureux habitants. Terre d’histoire mais aussi de renouveau, la région offre au voyageur curieux une mosaïque d’émotions et de découvertes. Un territoire sincère et attachant qui tient aussi sa force par l’absence de surtourisme et donc de belles surprise.
Dans cette partie de l’Aisne, on y vient pour explorer et dont on repart avec l’envie irrésistible de revenir.
Informations Pratiques
Pour les informations globales de la région :www.jaimelaisne.com
Pour s’y rendre : accès en TER à la Gare de Laon ou de Saint-Quentin, environ 1h30 directement depuis Paris Gare du Nord. En voiture via l’A1 ou l’A26 (ou par les agréables petites routes).
Office de Tourisme de Laon : Place du Parvis sur la ville haute. tourisme-paysdelaon.com
Office de Tourisme du Saint-Quentinois : 3 Rue Emile Zola. Téléphone 03 23 67 05 00. destination-saintquentin.fr
Chemin des Dames et Caverne du Dragon : Centre du Visiteur à Oulches-la-Vallée-Foulon. chemindesdames.fr
Hôtel du Golf sur le Lac de l’Ailette : Téléphone 03 23 24 84 85. ailette.fr
Le Familistère de Guise en Thiérache. familistere.com
Parc d’Isle à Saint-Quentin. Tél.02 23 05 06 50. Programmation sur agglo-saintquentinois.fr
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