Inde: Gujarat, terre de ferveur

Gujarat, terre de ferveur au pied des temples et des mosquées. A l’écart des grands circuits il est d’autres merveilles qui gardent encore leurs secrets. Comme au nord-ouest de l’Inde, entre océan indien et Rajasthan voisin.

 

Texte Catherine Gary. Photos Fabrice Dimier

En route vers l’Inde authentique et profonde
La péninsule de Kathiawar se déploie au sud d’Ahmedabad à travers la campagne où se perpétuent traditions et spiritualités. Le trajet y est une fin en soi avec des haltes constantes et des rencontres inoubliables. Comme cette tribu Jat en provenance du désert du Kutch, à l’ouest du pays. Elle a dressé ses tentes rudimentaires au milieu de nulle part pour fuir la sécheresse qui règne en mars dans cette région et ne permet plus de nourrir les vaches. Le regard intense des femmes, leurs bijoux argentés et leurs robes brodées sont un vrai défi à la pauvreté. Et si l’échange est un peu rétif au départ, il devient vite hospitalier à l’ombre des abris de fortune où les femmes âgées gardent les bébés.

Tribu Jat en provenance du désert du Kutch.

Dernier habitat des lions d’Asie au parc national de Gir 
Les bergers y veillent sur leurs troupeaux de buffles armés de simples gourdins. A proximité de Detpur, les saris de coton sèchent au sol par milliers dans une explosion de couleurs illuminant l’espace. L’occasion d’un nouvel arrêt pour observer les différentes étapes de la fabrication. A proximité de Rajkot on peut aussi admirer dans les villages l’élaboration d’un tissage très raffiné, le patola, avec des fils de soie délicatement teints et séchés.

Gardien de troupeau dans le parc de Gir

Pèlerinage à Palitana, la colline sacrée jaïn
Les Jaïns ne sont pas plus de 1% en Inde, Gujarat et Rajasthan, mais leur ferveur est impressionnante et se distingue par un étonnant contraste entre la splendeur des temples, dentelles minérales de marbre blanc, et l’austérité des règles religieuses. Palitana à une vingtaine de kilomètres de Bhavnagar, haut-lieu de pèlerinage, en est un vivant exemple. L’ascension des 3 900 marches, qui peut aussi se faire aussi en chaise à porteur, est un moment d’effort et de sérénité. On grimpe en compagnie des dizaines de pèlerins au crâne rasé, entièrement vêtus de blanc immaculé et végétariens dans un strict respect du vivant. Récompense à l’arrivée au sommet dans la déambulation silencieuse autour des 863 temples dominant la vallée dédiés au maître éveillé Mahâvîra, contemporain de Bouddha…

Pèlerinage Jaïn à Palitana

Un pont entre deux mondes à Diu, la petite Goa…
Il suffit de passer le pont pour arriver sur ce bout d’île où les Gujarati viennent profiter des plages de sable fin dans le calme et latranquillité. Diu garde l’empreinte des Portugais dans son église et sa forteresse dont les bastions longent la mer et délivrent une vue spectaculaire. Elle est aussi le seul endroit du Gujarat où l’alcool peut être consommé. Mais gare au retour ! La douane est sévère.

Plage de Diu

Tôt le matin, les bateaux débarquent leur pêche miraculeuse
Au village de Vanakbara le spectacle est haut en couleurs. Les bateaux aux coques peintes déchargent dans les nuées de mouettes et de cormorans des poissons étonnants qu’ils conditionnent avec des pains de glace tandis que les femmes en saris multicolores commencent la vente à même le sol. Sur la grève on répare les bateaux mis sur cale, on démêle les filets… L’effervescence est totale durant une heure et puis chacun part de son côté…

Marché de Diu

Jūnāgadh, ancien fief des nababs
Elle fut jadis capitale du Gujarat et garde de sa splendeur passée un fort du IIIe siècle souvent remanié dont la vieille mosquée sur place a récupéré les colonnes d’un palais hindou plus ancien encore. On s’y balade dans une ambiance nostalgique avant de descendre jusqu’au Mahabat Khanji 1er, le mausolée du nabab de Jūnāgadh. Un monument insolite dont les minarets en vis et le style islamo-indo-britannique sont un rappel de l’histoire compliquée du siècle passé. Ici a régné le dernier nabab avant de choisir le Pakistan au moment de la partition, laissant sur place d’immenses propriétés plus ou moins dévastées.

Mausolée du nabab de Jūnāgadh

Toute la ferveur hindoue au pied du mont Girnâr
On se lève tôt si on veut assister aux premières ablutions sur les ghâts de ce pèlerinage shivaïte à quelques kilomètres de Jūnāgadh. Devant les sanctuaires, sous les dorures, au pied des divinités peintes ou sculptées les parfums d’encens s’élèvent dans une atmosphère mystique et bariolée. Il faut du souffle pour gravir les 9 900 marches où culmine la multitude de temples mais l’ambiance au départ est déjà un spectacle à ne pas manquer avec sâdhus en tailleur faisant la mendicité, nagas couverts de cendres, marchands de colifichets et tout un clinquant religieux mêlé à une authentique ferveur.

 Pèlerinage shivaïte de Girnâr

A Ahmedabad l’ashram de Gandhi est toujours vénéré
La visite de ces lieux transformés en musée est un moment de sérénité dans un parc arboré. Gandhi est l’enfant du Gujarat. Il y est né, y a grandi et on a fêté l’an passé les 70 ans de son décès. A Ahmedabad en particulier où le Mahatma a ouvert cette institution pour transmettre son enseignement. C’est là qu’il a amorcé en 1920 le mouvement de désobéissance civile et entamé en 1930 la Marche du sel sur 300 km jusqu’à la mer, marche symbolique de réappropriation de ce sel injustement exploité. Visite émouvante de simplicité à la mémoire de la Grande âme indienne.

Ashram et musée Gandhi

L’étonnant dédale du vieil Ahmadabad
Les affres de la circulation et le brouhaha ont de quoi surprendre à l’arrivée dans cette Manchester de l’Orient, ainsi nommée par les Anglais du temps de sa prospérité textile. On s’aventure dans le labyrinthe des pols, ces mini-forteresses qui s’imbriquent au cœur des vieux quartiers aux balcons ouvragés, aux hautes portes sculptées derrière lesquelles vivent les communautés hindoues, musulmanes et jaïns. Un dédale pour lequel il faut être accompagné d’un guide au risque de s’y perdre et de tourner en rond. Dans ces enceintes vivent toujours des générations de familles autour de leur temple ou mosquée tandis que les vaches vaquent tranquillement parmi le jeu des enfants sans être bousculées. L’ensemble aurait besoin de rafraichissement, le délabrement étant évident, mais l’entreprise est immense. Gageons que l’Unesco qui a classé ces Pols les garde de la disparition.

Mosquée dans Ahmadabad

Temples, mosquées et “puits à degrés“
Un peu à l’écart, la Jami Masrid, XVe siècle, a gardé tout son lustre. Cour spacieuse, fontaine aux ablutions et 260 piliers sculptés de style hindou-jaïn. Trois religions ont travaillé ici la pierre, symbole de cette tolérance qui donne son harmonie à l’ensemble. Au nord de la ville, le Dada hari vav flanqué de sa mosquée du XVe siècle, est l’un des somptueux puits à degrés qui caractérisent la région. Il plonge en cinq étages de galeries et de colonnes sculptées jusqu’à la source autrefois vitale pour le quartier. Il servait alors de caravansérail pour le repos des caravaniers et de leurs chameaux qui se désaltéraient dans un autre pol à côté. Il en existerait plus de 500 dans la région dont un inscrit au Patrimoine mondial…

Puits à degré à Ahmedabad

Infos pratique
Office national indien du tourisme
11-13 boulevard Haussmann 75009 Paris
Tél. : 01 45 23 30 45
www.incredibleindia.org
Centre de demande de visa pour l’Inde
16 boulevard du Général Leclerc 92110 Clichy
Tél. : 0 892 23 03 58
Visiter à Ahmedabad :
. Mosquée du sultan Ahmed Shah. La plus ancienne de la ville. Remarquable plafond sculpté.
. Mosquée Jami Masjid. Belle architecture hindou-jaïn avec 260 piliers dans la salle de prière et une vaste cour centrale avec bassin.
. Calicot museum. L’un des plus beaux musées de textile. Toutes époques et tous styles locaux.
www.calicomuseum.com
. Ashram Sabarmati de Gandhi.
Transformé en musée avec chronologie, photos et objets. Gandhi lança d’ici sa campagne de désobéissance civile.
www.gandhiashram.org.in
Se loger :
. Ahmedabad : Hôtel **** Fortune Landmark
Moderne et central. Restaurant et excellent buffet. Service de qualité
https://www.fortunehotels.in
. Rajkot : Hôtel Imperial Palace**** . Bel hôtel avec sols en marbre. Tous services et central.
https://www.theimperialpalace.biz/
. Palitana. Vijay Vilas. Petit palais avec souvenirs de l’époque anglaise. A 11 km de la ville dans un site enchanteur. Accueil quasi familial.
http://www.vijayvilasheritageresort.com/


 Séchage de saris

À propos de l'auteur

Titulaire d’un DEA de Lettres modernes Sorbonne, complétés par l’ESJ Paris (Ecole supérieure de journalisme) et après 6 six ans au Venezuela dans le cadre de la Coopération culturelle, Catherine Gary enseigne à l’Université René Descartes, au Lycée Turgot et à l’Ecole Supérieure de Tourisme. Tout en pigeant pour des maisons d'édition : traductions, lectures de manuscrits, rewritings. En 1997, elle occupe le poste de chargée de mission à la Communication et aux Nouveaux médias du Centre Georges Pompidou. Puis se tourne vers le journalisme : rédactrice en chef adjointe d’un magazine de tourisme et chargée de communication pour un magazine littéraire. Spécialisée dans les reportages tourisme, culture et société, Catherine travaille régulièrement pour Famille & Education, Divas, Destination Cuba, Lindigo (rédactrice en chef adjointe) et Infotravel. fr

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