Entre étangs miroitants, cité médiévale et accélérateur de particules, l’Ain s’impose comme l’une des destinations françaises les plus surprenantes.
Le voyage commence en à peine 1h49 depuis Paris en TGV à la gare de Bourg-en-Bresse. La grande aventure peut démarrer après une petite demi-heure de voiture depuis la gare vers la Dombes. Ce territoire d’eau douce, de ciel et d’oiseaux qui ne ressemble à aucune autre région.
Ici, des milliers d’étangs façonnés par les moines bénédictins au 11e siècle accueillent des nuées de migrateurs que les ornithologues du monde entier viennent photographier.
Plus loin, les galets médiévaux de Pérouges ont même attiré un président américain venu tout droit d’un G7 à Lyon. Et au pays de Gex, les chercheurs du CERN traquent les secrets de l’Univers, rien de moins, à quelques kilomètres de la frontière suisse. Quatre jours dans l’Ain, c’est un voyage dans le voyage : nature, Histoire, science et art du bien vivre se conjuguent ici avec une sincérité et une exigence que résume parfaitement la nouvelle signature de la destination du département : « L’Ain, l’Art du Vrai ».
Trésors naturels de la Dombes
On pose le pied à Bourg-en-Bresse et l’on prend la route vers le sud. La Dombes se dévoile progressivement, ponctuée d’étangs comme autant de miroirs tendus vers le ciel. C’est ici, entre deux eaux, que l’Ain révèle son âme la plus sauvage.
Le Parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes
Premier arrêt incontournable : le Parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes. Trente-cinq hectares nichés au cœur d’une réserve naturelle de 380 hectares. Le plus grand parc ornithologique de France, labellisé LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux). Ici on croise quelque 2 500 animaux représentant 250 espèces venues des cinq continents : rapaces, échassiers, perroquets flamboyants, et même l’enclos papillons surnommé « l’Effet Papillon » où il faut lever les pieds pour ne pas écraser ces petits volatiles éphémères nés de leur nurserie de cocons.
La star de la visite, c’est sans doute la volière des Loris. Ces oiseaux au plumage écarlate, aussi colorés que facétieux, n’ont aucune timidité face aux visiteurs. Ce sont mes appareils photo qui les ont seuls dissuadés de venir se percher sur mes épaules. La volière distribue du nectar aux visiteurs (ouverte de 14h à 17h) et le spectacle y est garanti.
Plus spectaculaire encore : le show des oiseaux en vol libre chaque après-midi à 15h30, dans un amphithéâtre naturel sans enclos ni filet. « Les oiseaux sont chez eux, donc ils restent, même si de temps en temps l’un s’égare, mais on le retrouve assez vite », confie Marina, la chargée de communication du parc. Des ailes de rapaces et d’aras frôlant les cheveux : une émotion « courant d’air » difficile à décrire.
Du haut de la tour panoramique de 27 mètres, la surprise est totale : le Mont-Blanc se profile à l’horizon, et des cigognes couvent leurs petits sur la canopée, à portée d’objectif. On comprend pourquoi le parc attire les photographes bardés de téléobjectifs.
Randonnée et « apéro ornitho » : le Domaine de Vernange avec Dombes Tourisme
En fin d’après-midi, la lumière rasante est idéale pour partir sur le sentier du Domaine de Vernange, guidé par Diane et Léo. Cet Espace Naturel Sensible de 108 hectares, à cheval sur les communes de Saint-André-de-Corcy et Civrieux, concentre l’essence même de la Dombes, le calme et la plénitude d’une nature qu’on a laissée un peu tranquille. Un premier arrêt pour observer et comprendre la bonde, cette porte entre deux étangs que les locaux appellent simplement « le trou », héritée des moines cisterciens qui ont asséché les marais au 19e siècle pour construire l’abbaye Notre-Dame des Dombes au Plantay.
L’office de tourisme de Châtillon-sur-Chalaronne propose des randonnées ornithologiques et des « ornitho-apéros » : discrets, respectueux, et absolument recommandables en famille ou entre amis, surtout en fin de journée d’été quand la lumière rasante est la plus flatteuse pour les espaces naturels et pour l’observation de la faune.
Le Domaine de la Dombes, une destination en soi
Le soir, direction le Domaine de la Dombes, où l’équipe de Thomas accueille ses hôtes dans des cabanes perchées ou posées sur l’étang. Paniers-repas et petits-déjeuners livrés en voiturette électrique. Le grand plan d’eau central, fait office de piscine géante. Entièrement refait, il invite à la baignade. Dans une autre partie du domaine, un parc animalier permet aux enfants de participer, avec les soigneurs, aux repas des pensionnaires.
Thomas, malgré son air placide, semble hyperactif. Sur le domaine, on peut aussi déguster ses propres vins dans sa cave ouverte au public : chardonnay, gamay, pinot noir et crémant de Bourgogne vendangés à la main.Ce sont les cuvées du Domaine des 3 Cépages. Un hôte qui n’est pas sur Booking et le revendique fièrement : signe évident d’une structure intelligente qui se remplit seule.
Quand la Dombes se dessine au pastel avec Orianne Amiot Art
Il y a des rencontres qu’on ne planifie pas et qui font les meilleurs souvenirs de voyage. Orianne Amiot en fait partie. Cette artiste professionnelle dans l’âme se présente au bord de l’étang avec son chevalet et ses pastels, et vous invite à regarder un paysage autrement. À le ressentir avant de le reproduire. En quelques échanges, ses conseils s’appliquent naturellement, et l’on se retrouve à travailler la lumière rasante sur l’eau avec une attention qu’on ne se soupçonnait pas. J’ai passé un très beau moment sur les bords de l’étang à tenter d’obtenir un paysage pastel qui tienne la route. Orianne s’adapte à tous les niveaux, à tous les objectifs, à toutes les sensibilités. Une expérience aussi apaisante qu’inattendue, dans l’un des plus beaux cadres naturels du département.
Pérouges, quand l’Histoire s’invite au village
Classée parmi les Plus Beaux Villages de France, Pérouges tient une place à part dans la plaine de l’Ain, au sud du territoire de la Dombes. Quatre-vingts habitants à l’année, des galets et des carrons (ces roches rouges caractéristiques) posés là depuis le Moyen Âge, un tilleul creux planté au 18e siècle sur la place éponyme, et un cadran solaire gravé : « Je ne marquerai que l’heure des beaux jours ». Le ton est donné.
Le village se développe touristiquement dès 1911, et la famille Thibault y invente la fameuse galette de Pérouges, servie à l’Hostellerie voisine depuis des générations. Mais, l’anecdote qui a définitivement propulsé Pérouges sur la carte mondiale date du 26 juin 1996 : Bill et Hillary Clinton, en marge du G7 organisé à Lyon par Raymond Barre, font une halte dans la cité médiévale. Le président américain prononce un discours en faveur de la paix sur la place du Tilleul, avant un déjeuner à l’Hostellerie. C’est l’ambassadrice Pamela Harriman qui avait repéré le village pour son président. Un moment entré à jamais dans la légende locale.
« Le soir, quand les touristes des croisières sur le Rhône repartent, on a l’impression que l’hôtel est la cité elle-même », confie Alexandra, guide de l’office de tourisme local. Dormir ici, dans la chambre Longevent bleue sur les remparts ou dans le bâtiment Saint-Georges du manoir, c’est s’offrir Pérouges rien que pour soi.
Le CERN, aux frontières de l’Univers
Dans le Pays de Gex, à cheval sur la France et la Suisse, le CERN est une sorte de Cité des Sciences de La Villette moins connu du grand public, mais tout aussi impressionnant, et bien réel puisqu’on y fait de la recherche en vrai. La philosophie qui ressort de ma visite ? Une science proche du public, ouverte, pédagogique et accessible. Et pourtant, on parle d’univers quantique.
Fondé en 1949 à l’initiative du physicien français Louis de Broglie et de l’UNESCO, avec le soutien du Conseil européen, le CERN s’est installé à Genève pour sa position centrale en Europe, sur l’ancien village de Meyrin, vers 1955. Son Grand Collisionneur de Hadrons (LHC) s’étend sur 27 km entre la France et la Suisse. Il propulse des protons à près de 80 % de la vitesse de la lumière, consomme quelque 400 MW (fournis par EDF et les réseaux suisses) et génère l’équivalent de 40 millions de photos de collisions par seconde. Tout cela pour recréer l’énergie d’une étoile et comprendre un peu mieux notre Univers et ses origines. Le détecteur ATLAS, construit comme un navire en bouteille, pèse à lui seul l’équivalent de la Tour Eiffel.
C’est également ici, au CERN, qu’un ingénieur britannique, Tim Berners-Lee, a inventé le World Wide Web en 1989. Rien de moins.
Notre guide Shabbir, originaire du Cachemire, fait partie de ces milliers de chercheurs et ingénieurs venus du monde entier qui font du CERN un village scientifique universel. Originalité du centre : les scientifiques sont tenus de conduire des visites avec le grand public sur leur temps de travail, pour rendre leur recherche accessible et ne pas se couper de la société.
« Chroma VIII, 2023 ». Photo : Gil Giuglio/Photo-tourisme.com
Le Portail de la Science : la science pour tous, dès 5 ans
Le Portail de la Science est le nouveau cœur grand public du CERN, imaginé par l’architecte Renzo Piano et inauguré en 2023. Alimenté à l’énergie solaire, niché dans une forêt fraîchement plantée, le bâtiment est lui-même un manifeste. À l’intérieur, trois expositions permanentes et immersives : Découvrir le CERN, Notre Univers qui retrace les 13,8 milliards d’années depuis le Big Bang et Monde Quantique, où l’on joue au tennis quantique et participe à un karaoké quantique pour toucher du doigt les lois étranges de la physique à l’échelle la plus infime. Les jeux interactifs sont conçus dès 8 ans, avec en 2026 de nouveaux ateliers accessibles dès 5 ans. Des spectacles scientifiques mêlant expériences et théâtre complètent le parcours. Fête magique de la physique, Voyage au cœur d’un détecteur, À bord du Proton Express… sans réservation, attribués à la porte selon l’ordre d’arrivée.
La promesse du lieu : que la science cesse d’être abstraite pour devenir une expérience partagée, entre enfants, enseignants, familles et chercheurs. Pari tenu !
Pratique et petits trucs à savoir pour un séjour dans l’Ain
Le Parc des Oiseaux. Ouvert du 1er avril au 11 novembre. En hiver, les « Nuits du Parc » proposent des mappings féeriques sur les plans d’eau. Tarif adulte : 25 €. Accessible en TER depuis Lyon ou Paris (gare de Villars-les-Dombes), avec navette vers le parc le week-end. Boutique avec produits labellisés « Saveurs de l’Ain ». Hébergements insolites et éco-lodges familiaux en projet imminent. www.parcdesoiseaux.com
Dombes Tourisme. Pour découvrir les étangs de la Dombes, c’est probablement la première chose à faire visiter le site de www.dombes-tourisme.com
Domaine de la Dombes. Pour dormir ou passer un moment dans la région : www.domainedeladombes.com
Domaine des 3 Cépages. Les vins du Beaujolais de Thomas Raquin : www.domainedes3cepages.fr
Ateliers « La Dombes se dessine » . Sur inscription auprès de l’office de tourisme de Châtillon-sur-Chalaronne, Orianne Amiot anime des ateliers de dessin au pastel en plein air, au bord des étangs. Différents formats disponibles, adaptés à tous les niveaux. www.dombes-tourisme.com
Pérouges et la Plaine de l’Ain. Informations et visites guidées en costume disponibles : www.plainedelain-tourisme.com
Jiva Hill Resort. Dans le pays de Gex, à l’est du département et aux portes de la Suisse, ce Relais & Châteaux s’impose comme l’escale parfaite avant de passer la frontière. Piscine, spa, grande table gastronomique, golf, vue sur le Jura : si l’on veut se faire plaisir, c’est ici qu’on peut le faire en toute sérénité. www.jivahill.com
CERN, Portail de la Science. Entrée gratuite. Ouvert du mardi au dimanche (fermé le lundi). Ateliers et spectacles sans réservation, selon l’ordre d’arrivée. Compter une demi-journée minimum. home.cern/fr
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