Lampedusa n’est pas une destination classique, mais derrière son histoire singulière se cache une île où l’hospitalité semble aussi naturelle que le lever du soleil. Chaque crique, chaque pierre, chaque pêcheur raconte une Méditerranée authentique.
Les voyageurs en quête de slow tourisme, de nature intacte et d’émotions simples seront séduits par cette île qui semble flotter entre deux mondes.
DECOUVRIR L’AME DE LAMPEDUSA
Lorsqu’on l’évoque les réactions sont souvent teintées de surprise. Et pourtant. Si cette petite île du sud de l’Italie de 20 km² et 6000 habitants, plus proche des côtes tunisiennes que de la Sicile, raconte une histoire de frontières et de traversées, la réduire à cette seule réalité serait passer à côté de son âme et sa beauté insolente. Elle se dévoile à ceux qui prennent le temps de la découvrir : une île lumineuse, sauvage, profondément humaine, où l’hospitalité fait partie du quotidien.
UNE ILE AU CARREFOUR DES CIVILISATIONS
Pendant des siècles, Lampedusa a occupé une position stratégique au cœur de la Méditerranée. Phéniciens, Grecs, Romains puis Arabes s’y sont succédés, laissant derrière eux des influences encore perceptibles dans les traditions locales, l’architecture et la gastronomie.
Frontière entre les mondes catholique et musulman pendant des millénaires, l’île est achetée en 1843 par Ferdinand II, roi des Deux-Siciles, afin d’y installer une colonie agricole. 90 hommes et 30 femmes venus de Sicile s’y installent et deviennent peu à peu pêcheurs après la découverte en 1887 d’un banc d’éponges. Il fera leur fortune jusqu’à que la ressource s’épuise dans les années 70. C’est la sardine et le thon qui assureront la prospérité de l’île par la suite.
UNE MER AUX ALLURES DE CARAÏBES
Le premier choc en arrivant à Lampedusa, vient de la mer. Si au nord elle se jette sur des falaises, au sud, la côte est parsemée de criques qui abritent de petites plages de sable aux eaux cristallines allant du turquoise lumineux, les jours de sirocco, au bleu profond, les jours de mistral.
Son joyau, la célèbre Spiaggia dei Conigli — la “plage des lapins” —, est reconnue comme l’une des plus belles plages d’Europe. Elle ne se dévoile qu’après une marche à travers une réserve naturelle. Puis, au détour du sentier, le paysage surgit : sable blanc, eau aigue-marine et silence presque absolu. Malgré sa renommée mondiale, la plage conserve une impression de bout du monde. Pas d’alignement de transats ni installations : seule la maison qui a appartenu à Domenico Modugno, le créateur de la célèbre chanson Volare, y rappelle la civilisation.
Pour préserver ce site d’exception l’accès est réglementé l’été avec la réservation de créneaux horaires et le nombre limité d’entrées. Car ce paradis est aussi un sanctuaire écologique. Entre mai et juin, les tortues marines caouannes viennent y pondre leurs œufs. Après incubation, les jeunes tortues rejoignent la mer à la fin de l’été, sous la surveillance attentive du Centre de sauvetage des tortues marines. Une halte au centre permet de découvrir le travail des bénévoles et l’hôpital où les tortues blessées, amenées par les pécheurs, sont soignées avant rendues à la mer.
UNE SPIRITUALITE TOURNEE VERS LA MER
Autre site symbolique, la crique de la Madonna. À l’époque des croisades, les bateaux s’y abritaient des tempêtes. Dans une grotte, un pêcheur plaça autrefois une Madone qui devint la protectrice de l’ile.
Aujourd’hui, le sanctuaire terrestre de la Madonna di Porto Salvo, est le principal site religieux de Lampedusa. Dans son jardin subsistent également des grottes préhistoriques qui rappellent l’ancienneté du peuplement de l’île.
DECOUVRIR LAMPEDUSA AU RYTHME DU SLOW TOURISME
Pour comprendre l’île, il faut y vivre lentement. Le printemps et l’automne sont les périodes idéales pour en profiter pleinement, loin de l’affluence estivale.
Le meilleur moyen est en Mahari, scooter ou vélo. La route panoramique de 24 km traverse des paysages arides ponctués de figuiers de Barbarie et mène jusqu’à Punta Maccaferri, le point le plus au sud de l’île. C’est là que se dresse « La Porte de l’Europe » sculpture de l’artiste Mimmo Paladino qui rend hommage du haut de ses 5 mètres à ceux qui ont tenté la traversée.
LES DAMMUSI, MEMOIRE VIVANTE DE L’ILE
Au cœur de l’ile, subsistent les derniers dammusi, ces maisons traditionnelles de pierre inspirées de l’architecture arabe et berbère. La Casa Teresa est sans doute l’un des plus précieux. Construite au XIXe siècle, elle est classée bien culturel depuis les années 2000. Ses murs de 1,40 mètre d’épaisseur et sa coupole destinée à récupérer l’eau de pluie racontent une vie tournée vers l’agriculture et le pastoralisme.
Dormir dans un dammuso une expérience des plus agréables. Certains ont été transformés en hébergements de charme, tournés vers la mer, où les petits-déjeuners se prennent dans le calme d’un patio ombragé.
L’hotel I Dammusi di Borgo Cala Creta, implanté dans la réserve naturelle Area Marina Protetta Isole Pelagie, propose un séjour dans l’un de ses 23 dammusi. Chacun dispose d’un patio et d’un petit jardin. L’accueil et le service y sont à la hauteur de l’hospitalité de l’ile.
UNE ILE QUI SE DECOUVRE AUSSI DEPUIS LA MER
À Lampedusa, la mer n’est jamais loin. Sous la surface, le spectacle continue. Les amateurs de plongée et de snorkeking découvrent
Depuis le port, de nombreuses excursions permettent de rejoindre les criques accessibles uniquement en bateau. La plus typique est celle proposée par le galion Adriana. La journée à son bord permet de voguer de criques en criques et de se baigner ou plonger dans un véritable aquarium naturel avec grottes sous-marines, poissons multicolores et falaises immergées.
TRADITIONS SICILIENNES ET MEMOIRE POPULAIRE
A Lampedusa, les après-midis s’étirent entre baignades et déjeuners face à la mer, comme au Portu’Ntoni, restaurant posé au-dessus d’une petite plage où l’on vient admirer le lever ou le coucher du soleil.
Aux heures dorées, lorsqu’il offre des couchers incomparables, les terrasses de La Via Roma, cœur de la ville, se remplissent des habitants et des visiteurs. On y déguste la granita, spécialité sicilienne à base de glace pilée et de jus de fruits et l’on découvre la gastronomie locale : thon rouge, sardines grillées, poulpe frais et couscous de poisson témoignent d’un héritage méditerranéen métissé.
L’occasion de découvrir l’atelier/boutique Rosangela Sirio de la céramiste autodidacte Rosangela Mannino installé au centre de la Via. Les célèbres têtes de Maures siciliennes y côtoient les pommes de pin décoratives, symboles de prospérité, d’abondance et de bienveillance.
La soirée peut se prolonger à la découverte du patrimoine culturel sicilien de l’île : la tradition des pupi. Célèbres marionnettes siciliennes classées au patrimoine immatériel de l’UNESCO, elles racontaient autrefois les exploits de Charlemagne et des chevaliers carolingiens. Des dîners spectacles au petit Théâtre de l’opéra des Pupi sont donnés par la compagnie Brandimarte qui œuvre pour faire vivre cette mémoire populaire.
UNE ILE PROFONDEMENT HUMAINE
Au fil des années, elle est aussi devenue un symbole d’accueil et de solidarité en Méditerranée. Dans certains lieux culturels, comme l’espace PortoM qui jouxte le théâtre, un petit musée aborde la question des migrants, avec pudeur mais sans détour, avec des objets retrouvés sur les plages : chaussures, messages, passeports. Pour ne jamais oublier que derrière chaque d’eux se trouvait une vie.
Lampedusa n’est pas une destination comme les autres. C’est une île que l’on ressent car elle possède quelque chose de rare : une authenticité intacte. Ici, les habitants vous parlent comme à un voisin, les pêcheurs racontent encore la mer, et chaque coucher de soleil est inoubliable. Cette île est à la fois lumineuse et sensible, et la beauté des paysages est indissociable de l’histoire et de l’humanité de ceux qui y vivent.
Informations :
Y aller :
En avion depuis plusieurs villes italiennes, notamment Palerme et Catane ou en ferry depuis la Sicile. Transavia doit ouvrir un vol direct en 2027.
Où déguster les spécialités de l’île :
La trattoria Terranova
Portu’Ntoni
Se loger :
L’hôtel Borgo Cala Creta, l’hôtel Sole ou le Cupola Bianca qui font partie du Consortium Lampedusa Island – Hospitality Network, qui est un réseau de structures – hôtels, restaurants, plages, bateaux, tours opérateurs – gérées directement par leurs propriétaires, gardiens de l’histoire et de l’identité de l’île.
Réservation pour l’accès à l’Île aux lapins : https://www.prenotazionespiaggiaconigli.it/
