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Côte d’Ivoire, des lumières d’Abidjan, de Grand-Bassam aux traditions Sénoufo

Voyage en Côte d'Ivoire : Abidjan, Grand-Bassam classée UNESCO, culture sénoufo à Korhogo, cacao, basilique de Yamoussoukro. Récit et guide pratique.

GIL Giuglio by GIL Giuglio
15 septembre 2026
in Afrique, Destinations
Homme de dos dans la végétation de la brousse

non loin de Bouaké, dans la région Gbêkê, un ranger dans le grand parc du N'Zi River Lodge. (Photo : Gil Giuglio/Photo-tourisme.com)

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Il y a des voyages qui commencent bien avant de prendre l’avion. Celui ci a commencé il y a près d’un demi siècle.

 

Enfant, j’ai vécu pendant trois ans en Côte d’Ivoire avec mes parents. Nous habitions à Cocody, l’un des quartiers d’Abidjan, et j’y étais scolarisé.

Revenir en Côte d’Ivoire, plusieurs décennies plus tard, avait donc une saveur particulière. Je ne venais pas simplement découvrir une destination touristique : je revenais dans un pays qui avait construit une partie de mes souvenirs.

Entre temps, Abidjan a bien sûr changé, la Côte d’Ivoire aussi. Les immeubles ont poussé, les routes sont transformées, de nouveaux quartiers sont construits. Mais certaines choses demeurent étonnamment familières.

Il y les couleurs, les odeurs, les saveurs, les accents, la végétation, la chaleur humide, les marchés, les maquis et cette manière très ivoirienne d’occuper l’espace et de faire vivre la rue.

Le plus troublant est peut-être de constater que la mémoire fonctionne parfois mieux que les archives. Une odeur peut faire ressurgir un souvenir vieux de quarante ans. Un accent peut donner l’impression d’avoir quitté un endroit la veille.

Et puis il y a la musique.

Je suis toujours ému lorsque résonne Cocody Rock, d’Alpha Blondy. Figure majeure du reggae ivoirien et africain, Alpha Blondy est intimement associé à Abidjan. Les quelques mots « Cocody Rock, Cocody Rasta » prennent évidemment une résonance particulière lorsque l’on a soi même vécu dans ce quartier.

C’est donc avec ce double regard que je parcours la Côte d’Ivoire : celui du voyageur qui découvre un pays contemporain et celui de l’enfant qui revient sur les traces de son passé.

Abidjan, le retour aux sources

L’arrivée à Abidjan se fait en fin de journée. Après les formalités d’entrée à l’aéroport, nous prenons la direction de Cocody et du quartier du Vallon, vers la Rue des Jardins.

Femme et fumée de cuisine de rue
Le Maquis Hélène à Cocody. Toute la rue à une petite tâche à faire pour les cuisines. Une façon de rester tous ensemble. (Photo de Frederic Cheutin)

Première soirée à Cocody, dans un maquis

Les fameux « agoras », ces terrains de sport éclairés où se retrouvent les jeunes et les habitants des quartiers, rappellent immédiatement l’importance du football et du sport dans la vie quotidienne ivoirienne.

Mais pour cette première soirée, direction le maquis Hélène très réputé nous dit-on.

Le maquis est une véritable institution en Côte d’Ivoire. En France, nous avons nos cafés et nos bistrots ; en Côte d’Ivoire, il y a les maquis. Et le parallèle ne s’arrête pas au simple restaurant. On y vient pour manger, boire, discuter, écouter de la musique, regarder le football, retrouver des amis ou simplement passer un moment ensemble. Le maquis est un lieu social autant qu’un lieu de restauration.

Poisson braisé, filet de bœuf grillé, banane plantain, attiéké… Les premières bouchées ont quelque chose de presque troublant. Le goût possède cette faculté extraordinaire de traverser le temps.

Certaines saveurs que l’on croyait oubliées ressurgissent immédiatement. Elles ne racontent pas seulement un pays : elles racontent aussi une époque de notre propre vie.

Et déjà, autour des tables, les conversations, les gestes, les lumières artificielles et les couleurs des enseignes composent un décor qui annonce le voyage à venir.

La Côte d’Ivoire recommence doucement à se raconter. Je le sents !

Arrière d'une voiture rouge avec inscrit " 'Emergence "
Dans les rues du Plateau à Abidjan, une voiture avec un message à propos… (Photo : Gil Giuglio/photo-tourisme.com)

Le Plateau, cœur économique d’une Abidjan transformée

Le lendemain, direction le Plateau, le quartier des affaires et le cœur administratif d’Abidjan.

Pour celui qui a connu la ville enfant, le changement est spectaculaire.

Abidjan est aujourd’hui une métropole de plusieurs millions d’habitants, organisée autour de la lagune Ébrié. La ville s’est développée sur plusieurs communes qui possèdent chacune leur identité : Cocody, Plateau, Treichville, Marcory, Yopougon, Abobo…

Le Plateau concentre une grande partie des fonctions administratives et économiques. Les tours modernes dominent désormais la lagune et donnent à Abidjan une silhouette de grande métropole africaine.

Depuis le parvis de la cathédrale Saint-Paul d’Abidjan, les perspectives offrent une vision presque entièrement urbaine. On pourrait parfois se croire dans une grande métropole européenne tant certains secteurs sont dominés par le béton, le verre et les infrastructures modernes. Une image assez éloignée de celle, souvent fantasmée, d’une Afrique uniquement faite de végétation luxuriante.

La ville semble en perpétuel mouvement. Les petits taxis rouges, les transports collectifs, les voitures particulières, les motos et les VTC se croisent dans une circulation qui paraît ne jamais s’arrêter.

Ce qui frappe surtout, c’est la coexistence entre cette modernité, les enseignes internationales et une ville beaucoup plus ancienne, faite de marchés, de petits commerces, de restaurants populaires et de quartiers où la vie quotidienne se déroule encore largement dans la rue.

vue de nuit d'un pont au premier plan et derrière un gratte-ciel
Le Pont Alassane Ouatara et la tour F au fond. (Photo : Patrica Colmant)

Le pont Alassane Ouattara, nouveau symbole d’Abidjan

Le pont Alassane Ouattara, inauguré en 2023, relie Cocody au Plateau en franchissant la baie de Cocody. Cet ouvrage à hauban, culminant à plus de 100 mètres, est devenu l’un des nouveaux symboles de la transformation urbaine d’Abidjan. Il s’inscrit dans le vaste projet d’aménagement de la baie de Cocody.

Il doit notamment contribuer à améliorer la mobilité entre les deux communes.

Parce qu’ici, les embouteillages n’ont rien à envier à ceux de Jakarta, par exemple.

Mais au-delà de sa fonction routière, le pont participe aussi à la nouvelle image d’Abidjan.

Depuis la lagune, les lignes des immeubles du Plateau ou sa « skyline » et la végétation de Cocody composent une représentation presque symbolique de la Côte d’Ivoire contemporaine : une ville tournée vers la modernité tout en restant profondément africaine. Pour quelqu’un qui revient, le contraste est saisissant.

Statue dans vitrine à gauche et couloir sur la droits
Le Musée National du Costume à Grand Bassam. Il nous parle aussi de l’architecture, de l’histoire des lieux et des croyances du pays (Photo : Gil Giuglio/Photo-tourisme.com)

Grand Bassam, entre histoire coloniale, patrimoine et océan

La ville historique de Grand Bassam est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2012.

À environ une heure et demie d’Abidjan, Grand Bassam constitue une étape incontournable d’un voyage en Côte d’Ivoire.

La ville fut la première capitale de la colonie française de Côte d’Ivoire, de 1893 à 1900. Son implantation sur le littoral, entre la lagune et l’océan Atlantique, en faisait un point stratégique pour les échanges commerciaux et l’administration de la colonie.

Son histoire est cependant beaucoup plus complexe qu’une simple succession de bâtiments coloniaux.

L’organisation de la ville témoigne déjà de la séparation entre différents quartiers destinés au commerce, à l’administration, à l’habitat européen et à l’habitat autochtone. Le Quartier France, construit sur la bande littorale entre la lagune Ouladine et l’océan Atlantique, conserve une grande partie de cette organisation historique. À proximité subsiste le village N’zima qui témoigne de la permanence des cultures locales.

Grand Bassam raconte ainsi les contacts, les échanges, mais aussi les rapports de pouvoir entre Européens et Africains pendant la période coloniale. La ville témoigne également du mouvement qui conduira à l’indépendance de la Côte d’Ivoire.

Les traces du temps à Grand Bassam

Dans le Quartier France, les anciennes façades semblent avoir été dessinées pour raconter le temps qui passe.

Persiennes, vérandas, galeries, balcons, murs défraîchis et végétation tropicale composent un décor particulièrement évocateur.

Mais ce qui m’intéresse ici n’est pas seulement l’architecture. Ce sont les traces.

Les traces de l’humidité sur les murs. Les peintures qui s’écaillent. Les plantes qui reprennent possession des bâtiments. Les ombres sous les vérandas. Les détails qui racontent plusieurs décennies d’histoire sans qu’un seul panneau explicatif soit nécessaire.

Je photographie finalement moins les monuments que ce que le temps leur fait subir.

Du moins lorsque la météo permet de faire des photos. Pour l’instant, c’est plutôt la saison des pluies.

Face au bord de mer partagé entre ciel et terre
À Grand Bassam, la mer infinie borde une plage qui l’est presque tout autant. (Photo : Gil Giuglio/Photo-tourisme.com)

Grand Bassam face à l’océan Atlantique

Il suffit de quelques minutes pour passer de cette architecture chargée d’histoire à l’immensité de l’océan Atlantique.

La plage de sable s’étire à l’infini. Le ciel tropical se charge de nuages. Les silhouettes apparaissent et disparaissent dans cette lumière changeante.

Grand Bassam possède ainsi deux visages qui se répondent : celui de la mémoire et celui de l’horizon.

D’un côté, les bâtiments racontent l’histoire complexe de la période coloniale et des débuts de la Côte d’Ivoire moderne.

De l’autre, l’océan rappelle que cette ville fut également un port ouvert sur le golfe de Guinée.

Aujourd’hui, la plage de Grand Bassam est aussi un lieu de détente très apprécié des habitants d’Abidjan, notamment le week end.

Le musée du Costume et la diversité culturelle ivoirienne

Le Musée du Costume de Grand Bassam permet de poursuivre cette découverte en entrant dans l’univers des vêtements, des parures et des traditions des différentes communautés de Côte d’Ivoire.

Le costume n’est évidemment pas qu’une question d’apparence.

Dans de nombreuses sociétés africaines, les vêtements, les tissus, les couleurs, les bijoux et les masques peuvent avoir une fonction sociale, symbolique ou rituelle.

La visite permet également de mieux comprendre la diversité des traditions religieuses et spirituelles du pays, où christianisme, islam et traditions ancestrales coexistent.

Le terme « animisme », souvent utilisé de manière très générale, mérite d’ailleurs d’être employé avec prudence. Les systèmes de croyances traditionnels ivoiriens sont multiples et complexes. Ils accordent notamment une place importante aux ancêtres, aux forces de la nature, aux esprits et aux relations entre le monde visible et le monde invisible.

Cette dimension spirituelle réapparaîtra fortement lorsque nous gagnerons le pays sénoufo.

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Un african sur une moto. qui transporte un moteur à l'arrière
Dans l’agglomération de Korhogo, la danse des hommes-panthères (Photo : Gil Giuglio/photo-tourisme.com)

Du cacao au chocolat, comprendre une filière essentielle de la Côte d’Ivoire

Impossible de voyager en Côte d’Ivoire sans s’intéresser au cacao.

Le pays est aujourd’hui le premier producteur mondial de cacao et également devenu un acteur majeur de sa transformation. En décembre 2025, la FAO indiquait que la Côte d’Ivoire était le premier producteur et transformateur mondial de cacao et qu’elle ambitionnait de transformer localement 80 % de ses fèves d’ici 2030.

Pourtant, le cacao n’est pas originaire de Côte d’Ivoire ! Le cacaoyer est une plante originaire d’Amérique tropicale. Il a été introduit en Côte d’Ivoire au 19e siècle. Quand j’apprends cela, les bras m’en tombent.

Derrière la tablette de chocolat se cache en réalité une histoire économique, agricole et environnementale beaucoup plus complexe.

Le cacao commence dans les plantations, souvent dans des exploitations familiales. Les cabosses sont récoltées à la main, ouvertes, puis les fèves sont fermentées et séchées avant de rejoindre les circuits de transformation et d’exportation.

Comprendre cette chaîne permet de mesurer l’écart qui sépare parfois le consommateur européen du producteur.

La Côte d’Ivoire cherche aujourd’hui à développer davantage la transformation locale et à rendre la filière plus durable. Le cacao est en effet étroitement lié à la question de la déforestation. L’expansion des plantations a contribué à une forte réduction du couvert forestier ivoirien, tandis que des programmes d’agroforesterie cherchent désormais à associer cacaoyers et arbres afin de produire tout en restaurant les écosystèmes.

 

Dans les rue sde Grand Bassam ( Photo: Gil Giuglio/Photo-tourisme.com)

De la plantation à la dégustation

La découverte de la filière permet de suivre les différentes étapes : plantation, récolte, transformation, fabrication puis dégustation. C’est aussi une autre manière de découvrir le pays.

La rencontre avec des initiatives locales, comme celle de la communauté Abel, montre également comment agriculture, transformation, formation professionnelle et réinsertion peuvent être associées dans un même projet.

Vinqueur, des fruits d’Afrique de l’Ouest aux spiritueux

Autre découverte inattendue : la distillerie Vinqueur.

D’origine ivorienne et américaine, ce couple s’est installé en Côte d’Ivoire pour développer une idée originale : transformer les fruits et les épices du terroir ouest africain en spiritueux, liqueurs, vins de fruits et sirops.

L’histoire de Vinqueur commence notamment autour du bissap et du fruit de la passion, avant de s’élargir à toute une gamme de boissons inspirées du terroir ivoirien. Le premier spiritueux développé par la maison est l’Abidjan Gin, élaboré à partir de 21 plantes et épices.

Nous visitons la sympathique petite distillerie artisanale.

La richesse agricole du pays se retrouve également dans la multitude de fruits, de céréales, d’épices et de plantes qui peuvent devenir, entre les mains d’artisans et d’entrepreneurs, des produits à forte identité locale.

Danseur en costume dans village africain
Côte d’Ivoire, région de Marahoué, village Tibétia, danse Zaouli (Photo : Gil Giuglio/Photo-tourisme.com)

Korhogo, immersion dans le pays sénoufo

Pour rejoindre Korhogo, capitale du Nord ivoirien, l’avion permet de franchir rapidement les centaines de kilomètres qui séparent Abidjan du nord du pays.

Le changement de décor est immédiat.

La végétation luxuriante du Sud laisse progressivement place à des paysages de savane. La terre devient jaune, parfois ocre ou rougeâtre. Les grands arbres sont plus espacés et l’horizon paraît beaucoup plus ouvert.

Le Nord possède ses propres rythmes, ses propres paysages et une identité culturelle particulièrement forte.

Autour de Korhogo, l’économie repose largement sur l’agriculture. Coton, mangue, maïs, mil et autres céréales structurent la vie rurale.

Mais Korhogo est surtout une porte d’entrée vers le monde sénoufo.

Deux femmes accroupies travaillent la céramique
Côte d’Ivoire, région Poro dans le nord, artisanat de la céramique du pays Sénofou. (Photo : Gil Giuglio/Photo-tourisme.com)

Au nord, la culture sénoufo, entre traditions et transmission

Les Sénoufo constituent l’un des grands ensembles culturels du nord de la Côte d’Ivoire, mais aussi de régions voisines du Mali et du Burkina Faso.

Ce qui frappe rapidement, c’est l’importance de la transmission.

Dans les villages, la rencontre commence traditionnellement par les salutations au chef et aux anciens. On se présente, on explique d’où l’on vient et pourquoi on est là. Le visiteur devient alors un hôte. Ce protocole n’est pas anecdotique. Il rappelle que dans de nombreuses sociétés traditionnelles, la communauté et les anciens occupent une place centrale dans l’organisation sociale.

À mon sens, c’est typiquement le genre de choses que certaines sociétés africaines peuvent re apprendre aux nôtres, en occident.

Niofoin et le tchapalo

À Niofoin, cette tradition d’accueil prend tout son sens.

Le village perdu au confin d’une large piste, conserve une architecture et une organisation traditionnelles qui permettent de mieux comprendre la vie quotidienne en pays Sénoufo. Les constructions en terre, les cases et l’organisation des espaces témoignent d’une architecture adaptée au climat et aux matériaux disponibles localement.

Et puis il y a le tchapalo. Cette boisson traditionnelle fermentée à base de mil ou de sorgho accompagne depuis longtemps la vie sociale de nombreuses communautés de la région.Boire le tchapalo est un passage presque obligatoire pour notre arrivée. Pour mon estomac, en revanche, ce sera avec modération.

Le Poro, une institution initiatique fondamentale

La société Sénoufo reste profondément marquée par le Poro, système initiatique, éducatif et social traditionnel. C’est d’ailleurs le nom de la région.

Il ne faut pas le réduire à une simple cérémonie.

Le Poro participe à la transmission des connaissances, des valeurs et des règles sociales. Il constitue également un espace de passage entre différents âges de la vie.

Cette organisation explique notamment l’importance de certains bois sacrés.

Elle rappelle surtout une règle fondamentale lorsqu’on voyage dans une région où les traditions restent vivantes : tout ne se visite pas et tout ne se photographie pas.

Certains espaces sont réservés aux initiés. Certains rites ne sont pas destinés à être montrés.

Le respect de ces limites fait partie intégrante de la découverte.

Artisant travaillant du bois
Côte d’Ivoire, région Poro dans le nord, Pays Sénofou, fabrication de balafon au village Niofoin. (Photo : Gil Giuglio/Photo-tourislme.com)

Le balafon, une musique née du bois et des calebasses

Sur les routes du Nord, la fabrication du balafon permet également de comprendre cette relation étroite entre artisanat et musique.

Toujours l’agglomération de Niofoin, au sud de Korhogo, une enseigne au bord de la route annonce un atelier : « Docteur en balafon ».

Difficile de ne pas s’arrêter chez ce fabricant où semblent travailler plusieurs hommes du village.

Le balafon est composé de lames de bois accordées et disposées au dessus des calebasses qui servent de caisses de résonance.

Fabriquer un balafon ne consiste évidemment pas simplement à découper quelques morceaux de bois.

Chaque lame doit produire une note précise. Le travail repose donc sur une véritable connaissance acoustique, transmise par l’expérience.

Ici encore, l’artisan est aussi musicien. En Côte d’Ivoire, je remarque que le savoir-faire ne se sépare jamais vraiment de l’usage.

Un personnage de dos avec salopette de travaille
Docteur en balafon, une des activités principale sur la grande route qui longe le village de Taro juste avant la piste qui mène à Niofoin (Photo : Gil Giuglio/Photo-tourisme.com)

 

Tisserand devant son métier avec casque sur les oreilles
Pays Sénofou, tisserand dans le village de Waraniéné agglomération de Korhogo (Photo : Gil Giuglio/Photo-tourisme.com)

Waraniéné, l’art du tissage sénoufo

À Waraniéné, toujours dans l’agglomération de Korhogo, le coton devient matière artistique.

Les métiers à tisser impressionnent par leurs dimensions et surtout par la rapidité des gestes des tisseurs.

Les longues bandes de coton sont produites puis assemblées pour former des pagnes, des vêtements ou des pièces décoratives.

Mais le plus fascinant se trouve peut être dans les mains. Celles qui tirent le fil, celles qui frappent le métier, celles qui ajustent les motifs avec une précision acquise par des années de pratique. On pourrait regarder ces gestes pendant des heures.

Le tissu devient ici beaucoup plus qu’un objet : il est aussi le résultat d’un savoir-faire transmis de génération en génération.

Silouhette au loin dans hangar sombre
Les longs métiers à tisser dans village de Waraniéné, dans l’agglomération de Korhogo. (Photo : Gil Giuglio/Photo-tourisme.com)

Fakaha, les toiles peintes et l’imaginaire sénoufo

À quelques heures de piste de Korhogo, le petit village de Fakaha nous attend. L’univers presque désertique change encore.

Ici, ce sont les célèbres toiles de Fakaha, également appelées toiles de Korhogo, qui attirent le regard. Elles sont réalisées sur des toiles de coton écru et peintes avec des pigments naturels. Les motifs représentent notamment des animaux, des personnages, des formes géométriques et des symboles issus de l’univers sénoufo.

Nous assistons à une démonstration avant de prendre nous même les fines spatules qui servent de pinceaux.

Les pigments et les motifs me rappellent immédiatement quelque chose.

Homme peingant une toile sur le sol
Les artistes du village de Fakaha. Peinture à la spatule. (Photo : Gil giuglio/Photo-tourisme.com)

Impossible de ne pas penser à certaines œuvres de Picasso, et notamment à l’univers graphique du célèbre tableau Guernica.

Alors, forcément, l’imagination se met en marche. Une histoire locale raconte que Pablo Picasso aurait découvert l’art de Fakaha et aurait été influencé par ces peintures. Certains récits situent même un passage du peintre dans le village en 1968. Mais aucune preuve historique solide ne permet aujourd’hui d’établir que Picasso est réellement venu à Fakaha.

Une chose est certaine : l’art sénoufo possède une force graphique qui peut difficilement laisser indifférent.

Et cette découverte rappelle combien les influences artistiques circulent depuis longtemps entre l’Afrique, l’Europe et le reste du monde.

Des toiles d'artistes accrochées au mur et bol au premier plan
l’art picturale propre au village de Fakaha dans la région de Korhogo. (Photo : Gil giuglio/Photo-tourisme.com)

Kapélé, l’argile, le kaolin et les couleurs de la terre

À Kapélé, les artisans travaillent notamment l’argile pour réaliser des perles et des objets décoratifs.

Les matériaux semblent simples : de la terre, des pigments, du kaolin, parfois de l’indigo.

Mais entre les mains et même les pieds des artisans, ils deviennent formes, couleurs et objets.

La technique utilisée pour faire tourner certaines perles entre les orteils est particulièrement surprenante. Le geste paraît improbable, mais il se révèle d’une étonnante précision.

Cette économie de moyens produit une esthétique particulièrement forte.

Plan rapproché d'un pinçeau sur une boule posées sur un pied humains
Dexterité pour la céramique au village de Kapélé. (Photo : Gil Giuglio/Photo-tourisme.com)

Le boloye, la danse spectaculaire des hommes panthères

Le moment le plus spectaculaire du séjour reste certainement le boloye, la danse des hommes panthères.

Cette danse traditionnelle Sénoufo, également appelée danse de l’homme panthère, repose sur des mouvements acrobatiques et sur des costumes évoquant le pelage du félin. Elle est notamment associée aux traditions initiatiques Sénoufo.

Les jeunes danseurs, dissimulés sous leurs costumes tachetés, bondissent et virevoltent au rythme des percussions.

Mouvement, costumes, rythme, couleurs et énergie corporelle se combinent dans une scène d’une grande intensité.

Mais derrière l’apparence spectaculaire se trouve une dimension culturelle et spirituelle profonde.

Le boloye ne peut pas être réduit à un simple folklore destiné aux visiteurs.

COTE D IVOIRE
Scène de rue avec des enfants du village de Waraniené dans l’agglomération de Korrhogo. (Photo : Gil giuglio/Photo-tourisme.com)

Comme pour le Poro, certaines pratiques et certaines significations appartiennent à ceux qui les connaissent et les pratiquent.

Le respect est donc aussi important que l’image.

Contre toute attente, nous sommes invités à danser avec eux. Maladroitement, évidemment. Au son des instruments et des percussions, nous essayons de suivre le mouvement.

Quelques minutes durant, la frontière entre visiteurs et villageois disparaît. Les rires bon enfant fusent de la part des femmes et des enfants.

C’est probablement l’une des plus belles façons de découvrir une culture : lorsqu’elle cesse d’être simplement observée et devient un moment partagé.

 

 

Danbseur envoltige sur la foule
Région nord du Poro, agglomération de Korhogo, danse des hommes-panthères. (Photo : Gil giuglio/Photo-tourisme.com)

 

N’Zi River Lodge, parenthèse sauvage au cœur de la Côte d’Ivoire

En redescendant vers le centre du pays, changement complet de décor avec le N’Zi River Lodge, situé à environ 45 kilomètres au nord-est de Bouaké, dans la région du Gbêkê. Le lodge se trouve au cœur d’une réserve naturelle d’environ 41 000 hectares.

Après les terres rouges du Nord et les villages Sénoufo, le vert de la végétation reprend ses droits.

Quelques kilomètres de piste sont nécessaires pour atteindre le lodge, installé volontairement à l’écart du monde.

Ici, il faut ralentir !

Les reflets sur l’eau, les silhouettes des animaux, la végétation et surtout les lumières de fin de journée offrent une autre manière de raconter la Côte d’Ivoire.

Le pays n’est plus seulement celui des villes, des marchés et des villages. Il devient aussi celui des grands espaces et de la faune.

Le N’Zi River Lodge propose des safaris en voiture, à pied, dans un environnement consacré à la conservation de la biodiversité.

Et le soir, autour d’un repas aux saveurs locales, le sentiment est assez simple :

on est juste bien.

L’équipe de rangers de Louis Frédéric Diakité est aux petits soins et sait immédiatement mettre les hôtes à l’aise.

Après les kilomètres parcourus, cette parenthèse de calme est bienvenue.

Homme de dos dans la végétation de la brousse
Non loin de Bouaké dans région Gbêkê,  un ranger du N’Zi River Lodge park. (Photo : Gil Giuglio : Photo-tourisme.com)

Yamoussoukro, la capitale de la démesure

Dernière étape : Yamoussoukro, capitale politique de la Côte d’Ivoire et ville natale de Félix Houphouët Boigny, premier président de la Côte d’Ivoire indépendante.

Yamoussoukro est une ville étonnante.

Ses avenues sont immenses. Ses perspectives semblent parfois disproportionnées. Les bâtiments monumentaux surgissent au milieu d’espaces urbains très ouverts.

Intérieur d'une basilique
À Yamoussoukro, la Basilique de Notre-Dame de la Paix, la plus imposante d’Afrique. (Photo : Gil giuglio/ Photo-tourisme.com)

Cette impression de démesure est directement liée à la vision d’Houphouët Boigny pour sa ville natale.

Yamoussoukro devait devenir une capitale moderne et prestigieuse, capable de symboliser les ambitions d’une jeune nation indépendante.

La ville devient officiellement la capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire en 1983, même si Abidjan demeure le principal centre économique du pays.

Et au milieu de cette ville surgit l’un des monuments les plus étonnants du continent africain.

Une basilique au loin et au milieu avec herbe au premier plan
Le Pape Jean-Paul 2 est venu lui-même inaugurer et consacrer l’imposant édifice. (Photo : Gil Giuglio/Photo-tourisme.com)

La basilique Notre Dame de la Paix, la démesure !

La basilique Notre Dame de la Paix est évidemment le point d’orgue de la visite.

Construite à l’initiative de Félix Houphouët Boigny sur le modèle de la basilique Saint Pierre de Rome, elle fut consacrée le 10 septembre 1990 par le pape Jean Paul 2.

Le bâtiment impressionne d’abord par ses dimensions, puis par son environnement et enfin par le contraste entre cette architecture monumentale et la ville qui l’entoure.

À l’intérieur, les proportions donnent le vertige. Sous l’immense coupole, le visiteur paraît minuscule.

Le lieu est spectaculaire : symétries, perspectives, colonnes, vitraux, lumière et volumes offrent une quantité incroyable de possibilités.

Mais il faut surtout lever les yeux pour constater que l’on se trouve dans un édifice dont l’échelle semble avoir été pensée pour impressionner.

Les crocodiles de Yamoussoukro, entre symbole et légende

À proximité du palais présidentiel se trouvent les bassins qui avritent les célèbres crocodiles de Yamoussoukro.

Ils sont devenus l’un des symboles les plus surprenants de la ville et restent étroitement associés, dans l’imaginaire collectif, à Félix Houphouët Boigny.

Le palais présidentiel, ses longues enceintes et les grandes avenues qui l’entourent renforcent encore cette impression de capitale construite sur une échelle inhabituelle.

Yamoussoukro donne le sentiment d’être autant un projet politique qu’une ville. Et c’est précisément ce qui la rend intéressante.

Côte d’Ivoire, un voyage entre souvenirs, cultures et découvertes

Ce voyage aura finalement été deux voyages en un.

Celui d’un voyageur qui découvre une Côte d’Ivoire contemporaine, ses métropoles, ses paysages, son économie, ses artisans, ses traditions et ses habitants.

Et celui d’un enfant qui, plusieurs décennies plus tard, retrouve une partie de son histoire personnelle.

J’y suis revenu avec des images, bien sûr, mais certaines choses ne se photographient pas.

Une expression qui revient soudainement. Une saveur oubliée. Une odeur. Une couleur. Un paysage que l’on croyait avoir oublié. Une chanson.

Et parfois quelques notes d’Alpha Blondy ou de Tiken Jah Fakoly qui surgissent au détour d’une rue.

Pour vous dire à quel point les rencontres peuvent être improbables, nous avons même sympathisé avec le grand frère de Tiken Jah Fakoly, élu d’une région du Nord, dans la salle d’embarquement de l’aéroport d’Abidjan, avant de prendre un vol intérieur.

Pendant quelques secondes, le photographe que je suis devenu aujourd’hui redevient simplement l’enfant qui vivait à Cocody. Celui qui se rendait à l’école à pied à travers les quartiers.

Celui qui découvrait ses premières couleurs tropicales, ses premières saveurs, ses premiers paysages africains.

Et c’est peut être cela, finalement, le plus beau souvenir de ce voyage en Côte d’Ivoire.

Je pensais revenir pour photographier un pays. Je suis finalement revenu retrouver une partie de moi même.

Trois personne sur une plage de sable au bord de la mer. Une photo ancienne
L’article ne serai pas complet sans ma famille et moi-même sur la plage à Grand-Bassam au 20e siècle. (Photo : Louis Giuglio)

 

Infos pratiques

Office de Tourisme de Côte d’Ivoire :

Sublime Côte d’Ivoire

4 Rue Paul valerie paris 16ieme, Paris, France, 75016. Tel. 06 86 63 25 01

visitezcotedivoire.com

Pour le visa, vous pouvez le faire valider et l’acheter sur place en arrivant à l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan.

www.france.diplomatie.gouv.ci

Air Côte d’Ivoire assure au moins 7 vols par semaine entre Paris CDG et Abidjan toute l’année.

Le personnel de la compagnie est très agréable, les vols des plus agréables même en classe éco.

www.aircotedivoire.com

Tel. 01 87 89 48 83.

Pour séjourner à Korhogo : Hairai Appart-Hôtel. De grand appartements tout équipés. Le personnel adorable est toujours prêt à vous aider. (Route de l’aéroport, à 100 mètres du Collège Lonya).

Tel sur place : +2250702746493

Nzi River Lodge

Plusieurs tour opérateurs propose le N’Z River Lodge, mais vous pouvez directement passer par le gestionnaire sur place qui se fera un plaisir de vous organiser votre venue et votre séjour dans l’éco-lodge au centre du pays.

www.nziriverlodges.com

Informations sur place. Sur place, branchez vous sur la jeune télé locale : 7Info

Une très bonne source d’information pour savoir ce qui se passe même au niveau culturel un peu partout dans le pays.

www.7info.ci 

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Tags: Côte d’Ivoire
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GIL Giuglio

GIL Giuglio

Photographe qualifié et expérimenté depuis l'ère argentique, Gil se forme à l'écriture pour enrichir ses reportages tourisme et évasion. Même s'il a parcouru à plusieurs reprises les cinq continents pour la presse magazine, des éditions, des guides, des livres et des expos commandés par des éditions ou des institutions du tourisme, Gil est volontaire pour ne pas se spécialiser sur un continent, un pays ou une région. " C'est en retournant plusieurs fois aux mêmes endroits, qu'on en tire le début de l'essentiel ". Depuis quelques années, même s'il continue à s'investir sur des longs courriers, il s'intéresse à son propre pays : la France et ses terroirs. " Je suis capable d'aller à un endroit pour écrire un article et d'y retourner une seconde fois uniquement pour y faire mes images ". Son site de stock en constante mise à jour : www.photo-tourisme.com

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