Application décret : les passagers aériens devront payer pour exercer leurs droits
Depuis le 07/02/2026, le décret n°2025-772 du 5 août 2025[1] s’applique. Le texte modifie en profondeur les règles applicables aux litiges d’indemnisation des passagers aériens et rend l’accès à la justice plus complexe et plus coûteux pour les voyageurs.
Ce décret modifie l’application en France du règlement européen CE 261/2004[2], qui encadre les droits des passagers aériens en cas de retard, d’annulation ou de refus d’embarquement.
Avant le 07/02 : les passagers disposaient d’une procédure gratuite par requête pour les litiges inférieurs à 5 000 euros.
Depuis le 07/02 : la saisine du tribunal judiciaire impose désormais une assignation payante (de 50 à 150 par procédure)[3]. Cette nouvelle exigence crée un obstacle financier direct à l’exercice d’un droit fondamental.
Actuellement : les passagers peuvent faire des actions judicaires groupées.
Depuis le 07/02 : le décret limite désormais le regroupement des demandes. Seuls les passagers disposant d’un lien familial ou juridique peuvent désormais agir ensemble. Les voyageurs d’un même vol, y compris sous une réservation commune, doivent engager des procédures individuelles en l’absence de parenté ou de lien reconnu. Cette mesure entraîne une multiplication des démarches et des frais pour une même perturbation aérienne.
Actuellement : les passagers doivent passer par une conciliation obligatoire pour des litiges de moins de 5 000 euros.
Depuis le 07/02 : toute action judiciaire impose une tentative préalable de médiation exclusive devant le Médiateur du Tourisme et du Voyage. Cette étape conditionne la recevabilité du recours devant le tribunal. Le médiateur dispose d’un délai de six mois pour rendre un avis, sans pouvoir contraignant, alors même que certaines compagnies aériennes n’adhèrent pas à ce dispositif. Son financement également questionne car il repose sur le paiement de frais par dossier d’environ 60 euros par les compagnies aériennes. La conciliation judiciaire ne constitue plus une alternative possible et la pertinence de la conciliation obligatoire introduite en octobre 2023 reste en suspend.
Ces évolutions suscitent de fortes critiques de la part des professionnels du droit, qui alertent sur une restriction de l’accès au juge et une complexification massive des démarches pour les passagers. Là où la France complexifie l’exercice des droits, l’Union européenne semble au contraire chercher à en garantir l’application.
En effet, à l’échelle de l’Union européenne, une révision du règlement CE 261/2004 est actuellement en discussion. En janvier, le Parlement européen a d’ailleurs envoyé un signal clair en faveur de la protection des droits des passagers aériens. Les députés ont voté pour préserver les protections actuelles, notamment l’indemnisation dès trois heures de retard, tout en renforçant les droits des passagers grâce à des règles plus claires et une meilleure application, prenant ainsi le contre-pied du Conseil qui plaide pour un durcissement des conditions d’indemnisation.
« Ce décret crée une rupture d’égalité entre les passagers et introduit des freins financiers et procéduraux disproportionnés pour des litiges de faible montant. Il fragilise l’effectivité du règlement européen et décourage de nombreux voyageurs de faire valoir leurs droits », explique Imane El Bouanani, responsable juridique France de Flightright.
Un groupe d’avocats a saisi le Conseil d’État par un recours pour excès de pouvoir afin de contester la légalité de ce texte. Une audience reste en attente de fixation.
