Voyage : 8 Français sur 10 n’osent pas s’exprimer en anglais à cause du regard des autres
La langue de Shakespeare est omniprésente dans nos vies : anglicismes, chansons, réseaux sociaux, échanges professionnels… Pourtant, lorsqu’il s’agit de se lancer à l’oral, les Français restent tétanisés. Le baromètre 2025[1] du Cercle des Langues dresse un état des lieux du rapport des Français à l’anglais. L’étude s’intéresse à la place de la langue dans notre quotidien, nos freins psychologiques et nos motivations d’apprentissage. Elle interroge également la perception de l’anglais comme atout de carrière.
La peur de parler, un mal profondément français
À l’école, dans les voyages ou au travail, la même scène se répète : un mot d’anglais sur le bout de la langue, mais la bouche qui ne s’ouvre pas. Selon les données du baromètre, près de 8 Français sur 10 (78,1 %) avouent avoir déjà renoncé à s’exprimer en anglais par peur du regard des autres, dont 39,4 % souvent et 38,7 % parfois.
Autrement dit, seul un Français sur cinq (22 %) affirme ne jamais s’être censuré à l’oral. Pourtant, la compréhension progresse : la plupart comprennent l’anglais écrit ou parlé, mais n’osent pas le pratiquer.
« Beaucoup d’apprenants maîtrisent les bases, mais redoutent la prise de parole. En France, on a peur de mal faire. On oublie que parler imparfaitement, c’est déjà communiquer. »
François Fourmentin, CEO du Cercle des Langues
L’accent français : entre fierté culturelle et complexe national
Le complexe va souvent au-delà des mots : il touche jusqu’à la voix. Si près d’un Français sur deux (46,8 %) estime que parler anglais avec un accent français n’a aucune importance, ils sont encore 43,2 % à considérer cet accent comme un frein ou un handicap — dont 9,5 % comme un “vrai frein”. Seuls 10 % y voient un atout identitaire, un signe de singularité culturelle.
Cette perception révèle une influence socioculturelle forte : alors que les Anglo-Saxons valorisent la diversité des accents, la France continue d’associer l’accent à l’erreur et l’erreur à la honte.
« L’accent français est l’un des plus charmants du monde, mais chez nous, il reste un stigmate. C’est cette autocritique qui bloque la fluidité à l’oral. »
François Fourmentin
Une aisance limitée malgré une exposition massive à l’anglais
Lorsqu’ils s’autoévaluent, les Français donnent à leur aisance orale une note moyenne de 4,8 sur 10. Un score modeste, qui reflète un manque de confiance plus qu’un manque de compétences. Ce constat traverse toutes les générations : même les plus jeunes, pourtant baignés dans la culture anglophone, ne se sentent pas plus légitimes à s’exprimer.
Et pourtant, l’anglais est omniprésent dans le quotidien :
● 79 % des Français regardent au moins occasionnellement des films ou séries en version originale ;
● 89 % déclarent écouter des chansons en anglais, dont une majorité tentent d’en comprendre les paroles ;
● Plus d’un Français sur deux utilise régulièrement des plateformes, jeux ou réseaux sociaux en anglais ;
● Et près de 9 sur 10 intègrent des anglicismes (“week-end”, “business”, “parking”…) dans leur vocabulaire courant.
En d’autres termes, les Français vivent entourés d’anglais… sans jamais vraiment oser s’y plonger.
Le manque de temps… et la peur du jugement, deux freins indissociables
Lorsqu’on leur demande ce qui les freine le plus dans l’apprentissage d’une langue, les répondants citent d’abord le manque de temps (30,1 %), suivi de très près par la peur de parler / peur du jugement (26 %). Viennent ensuite le coût trop élevé des formations (21 %), puis le manque de motivation et le désintérêt professionnel.
Ces chiffres révèlent que le frein psychologique rivalise désormais avec les contraintes matérielles. Alors que les offres de formation et les outils numériques se multiplient, le véritable obstacle reste la confiance en soi.
« On n’apprend pas à parler une langue, on apprend à oser la parler.
C’est tout l’enjeu de notre approche : dédramatiser, redonner confiance et remettre le plaisir au cœur de l’apprentissage. » François Fourmentin
Un fort désir de progresser
Malgré ces blocages, l’envie de progresser reste largement partagée : près de 9 Français sur 10 déclarent vouloir améliorer leur niveau d’anglais dans les prochaines années, dont une majorité “absolument”. Plus de la moitié se disent prêts à utiliser leur CPF ou à financer eux-mêmes une formation, preuve que la motivation existe — mais qu’elle demande à être accompagnée.
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