Perturbations de vol. Les frais imprévus ont bondi en vingt ans mais les indemnisations restent figées depuis 2004
Nuit d’hébergement supplémentaire. Repas et boissons à l’aéroport. Taxi, navette ou métro vers un hôtel. Modification ou rachat d’un billet. Les dépenses imprévues liées aux retards et annulations de vol ont bondi en vingt ans au rythme de l’inflation. Pourtant, les indemnisations fixées par le règlement européen CE 261 n’ont jamais été révisées depuis 2004. À l’occasion de la Journée mondiale des droits des consommateurs, Flightright, la plateforme de défense des droits des passagers aériens, appelle à revaloriser ces compensations pour les aligner sur la réalité économique actuelle.
Le nouveau prix de l’imprévu
Une perturbation de vol déclenche presque toujours une cascade de dépenses imprévues. Hébergement, nourriture, boissons, transports, nouveau billet. Les montants s’accumulent – et depuis vingt ans, ils ont explosé.
Entre 2005 et 2025, les prix dans les cafés et restaurants ont augmenté d’environ 55 %1, passant de 10 € à environ 15,50 € pour un repas type. Même en tenant compte de l’inflation, la hausse atteint encore près de 12 %, traduisant une augmentation réelle et non négligeable des tarifs.
Les prix des chambres d’hôtel ont progressé de plus de 23 % – jusqu’à 87 % dans les établissements haut de gamme2. Une chambre d’hôtel facturée 100 €, à près de 125 €. Au total, une annulation avec nuit sur place peut rapidement entraîner entre 150 € et 300 € de frais supplémentaires pour un passager3.
Dès lors, la question devient évidente : les indemnisations prévues par le cadre européen compensent-elles encore réellement les coûts et désagréments subis par les voyageurs ?
La réponse est non.
Des indemnisations figées depuis vingt ans
Adopté en 2004, le règlement européen CE 261 marque une avancée majeure pour les voyageurs aériens. Il prévoit une indemnisation forfaitaire en cas de perturbation importante, notamment pour les retards à l’arrivée supérieurs à trois heures.
• 250 € pour les vols courts (jusqu’à 1 500 km)
• 400 € pour les vols moyens (entre 1 500 et 3 500 km)
• 600 € pour les vols long-courriers (au-delà de 3 500 km)
Ce texte a contribué à renforcer la protection des passagers et à responsabiliser les compagnies aériennes face aux perturbations. Mais depuis son entrée en vigueur, ces barèmes n’ont jamais été révisés, malgré les profondes transformations du transport aérien et l’évolution du coût de la vie. Une indemnisation maximale de 600 € fixée en 2004 devrait aujourd’hui dépasser 800 € pour conserver la même valeur réelle.
« Les barèmes prévus par la réglementation européenne n’ont jamais été ajustés à l’inflation. Le décalage est d’autant plus sensible que le transport aérien est aujourd’hui beaucoup plus dense qu’en 2004. Le trafic a fortement augmenté. Les hubs sont saturés. Les retards et annulations deviennent mécaniquement plus fréquents et plus pénalisants pour les voyageurs. Oui, les indemnisations existent toujours sur le papier. Mais leur pouvoir compensatoire s’est considérablement réduit. » – Imane El Bouanani, responsable juridique France de Flightright
Revaloriser les indemnisations pour rétablir l’équilibre entre passagers et compagnies
Pour Flightright et l’Association of Passenger Rights Advocates (APRA), la révision en cours du règlement européen constitue une occasion de moderniser le dispositif et de rétablir un équilibre entre les droits des passagers et la réalité économique du transport aérien.
Les deux organisations recommandent une revalorisation proportionnée des indemnisations :
• 400 € pour les vols courts (jusqu’à 1 500 km)
• 600 € pour les vols moyens (1 500 à 3 500 km)
• 900 € pour les vols long-courriers (au-delà de 3 500 km)
Une telle mise à jour permettrait de tenir compte de l’inflation et de l’évolution des coûts du voyage, donc de retrouver un niveau réel de protection.
Cette proposition est largement soutenue par l’opinion publique. Selon une enquête IFOP menée en avril 2025, 73 % des Français jugent nécessaire d’actualiser les montants d’indemnisation4.
« Il ne s’agit pas de bouleverser l’équilibre du transport aérien, mais de préserver la crédibilité des droits des passagers. Adapter les montants d’indemnisation à la réalité économique, c’est redonner au règlement son esprit initial : une protection effective des voyageurs. » – Imane El Bouanani, responsable juridique France de Flightright
1 INSEE, indice des prix à la consommation – restaurants et cafés (2005-2025), calcul Flightright.
2 Conseil économique et social (2006) ; CRT Paris Île-de-France ; INSEE ; In Extenso Tourisme, Hôtellerie & Restauration. Calcul Flightright sur l’évolution des prix des chambres d’hôtel entre 2006 et 2025.
3 Estimation fondée sur un panier de dépenses courantes (hôtel, repas, transports), calcul Flightright.
4 Enquête IFOP pour Flightright, réalisée en avril 2025 auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 Français âgés de 18 ans et plus.



