Vacances roumaines

Deux fois célèbre pour ses inquiétants “génies des Carpates“ – le légendaire Dracula et le non moins cruel Ceausescu – la Roumanie pâtit d’une réputation imméritée.

 

Dans ce pays à la rencontre de l’Europe et de l’Asie, la richesse du patrimoine et l’accueil des gens vous réservent de belles surprises.

Texte et photos Catherine Gary

Transylvanie entre légendes et traditions
A peine descendus d’avion à Bucarest, nous voilà partis vers le nord, curieux de découvrir ces châteaux forts perchés, ces églises fortifiées, ces monastères médiévaux et ces villages d’un autre temps que les aléas de l’histoire ont épargné. C’est la Roumanie rurale que nous cherchons. Très vite nous allons la trouver tandis qu’apparaissent les sombres forêts et les champs cultivés au fur et à mesure que nous prenons de la hauteur. L’ambiance est idéalement pastorale : les blés viennent d’être coupés ; les meules de foin à l’ancienne, piquées d’une fourche au sommet, rappellent qu’ici les moissons se font encore à la main. Nous croisons des charrettes et des attelages tirés par de robustes chevaux qui vont leur train parmi les quelques voitures qui ralentissent l’allure sans s’énerver. En voilà une qui transporte oignons et pommes de terre, un légume de base pour la cuisine locale, rurale et savoureuse. Nous traversons avec délices des hameaux d’un autre temps. Pas riches mais touchants avec leurs fermes et leurs maisons colorées de bleu, de jaune vif ou pastel. Le vert des prés se mêle aux fleurs cultivées : des images riches en couleurs mais de grande simplicité. Un peu partout, les chemins creux invitent à la balade… Les hommes, de solides gaillards, vaquent à leurs occupations agricoles tandis que vaches et moutons se repaissent d’herbe grasse.

Du nouveau sur Dracula ?
Au détour d’une route, changement d’humeur mais nous attendions un peu ce moment : l’annonce du château de Bran fait soudain surgir des images enfouies de cryptes, de sépulcres, de dalles qui se soulèvent, de nuits menaçantes, de châteaux hantés… Les peurs et les exaltations de l’enfance remontent le temps. La Roumanie de légende va-t-elle nous faire frissonner ou bien décevoir notre attente ? Au loin, sur un promontoire, se dresse la silhouette de la vieille forteresse. Nous grimpons les marches le long des hauts murs et attendons notre tour pour nous faufiler dans une suite labyrinthique de salles de garde, de salons, de chambres avec vue sur la vallée. Du vampire, peu de traces… On y apprend que Bran fut construit au XIVè siècle pour protéger les routes commerciales et qu’un certain Vlad Tepes, surnommé Vlad l’Empaleur, y aurait séjourné autour de 1430. Un rude guerrier contre l’envahisseur turc qui n’hésitait pas à empaler ses victimes. Sa cruauté lui valut sa renommée de vampire et inspira de nombreux cinéastes. Mais, plus sereinement, le château finit sa destinée comme résidence d’été de la dernière famille royale, avant qu’un autre “génie des Carpates“ ne prenne le pouvoir… La légende faisant le bonheur du commerce, un marché dédié à Dracula clôt une visite désenchantée…

Villes et monastères médiévaux d’un autre âge
Retour à la vie, une heure plus tard, à Brasov après une nuit tranquille dans la fraîcheur de Poiana, une petite station dans la montagne. La ville se découvre dans la descente avec ses vieux toits et son dédale de ruelles d’où émerge le clocher de l’église noire, la plus grande du pays. Ce bâtiment gothique surprend par la hauteur de ses voûtes et la collection de tapis anatoliens qui ornent ses murs et ses travées. Pas courrant comme décor. Petite balade ensuite dans le centre historique pour sentir cette âme de Brasov assoupie dans un temps qui n’est plus le nôtre. Le long des deux rues principales qui filent en parallèle au sud de la grand-place, les façades austro-hongroises aux couleurs pastel ont pris de la patine, parfois se délabrent, mais l’animation est bien là et les commerces fidèles à la tradition de cette ancienne ville de foires où s’échangeaient drap, orfèvrerie contre bétail ou blé. Pas de pauvreté dans la simplicité des gens rencontrés. Une petite vieille, assise sur le trottoir, nous tend gentiment un bouquet de fleurs des champs pour qu’on le lui achète. Quelques kilomètres plus loin, l’église de Prejmer, classée au Patrimoine mondial par l’Unesco, se protège derrière une enceinte circulaire et fortifiée épaisse de 30 mètres. D’innombrables pièces numérotées rappellent que jadis, chaque famille du village pouvait s’y réfugier en cas de conflits. On gravit les escaliers branlants car désaffectés et on se promène à l’aventure sous des voûtes interminables avant d’aller admirer le retable dans l’église… Surprenant endroit dans le calme d’un petit village au charme désuet.

Bucarest, l’ancien “Paris des Balkans“
On nous a mis en garde en arrivant : « Oubliez vos préjugés et vos références urbanistiques dans cette capitale pas comme les autres ». Une précaution qui nous a permis de voir la ville sous ses meilleurs angles. Bucarest a souffert certes : les bombardements de 1944, la démolition de quartiers historiques par Ceausescu, les constructions du régime communiste ont laissé des blessures profondes… Mais nous avons été séduits par le renouveau qui s’opère dans certains quartiers et par les contrastes d’une rue à l’autre : les grands boulevards jouxtent des ruelles hors du temps, les monuments néo-baroques, néo-classiques ou art nouveau (souvent en décrépitude) ponctuent des bâtiments totalitaires ; grands musées et petites églises orthodoxes miraculeusement épargnées se dressent sur des chaussées souvent défoncées ; nouveaux riches se mêlent sans états d’âme à la misère des quartiers… Surprenants mélanges ! On s’est promenés le soir du côté de Lipscani, dans le centre historique de la ville, un quartier en pleine rénovation avec ses galeries d’art, ses cafés branchés, ses bars et ses petits négoces. Des moments chaleureux. C’est là, aux terrasses alignées sur les trottoirs, que se retrouve la jeunesse de Bucarest. Il faut aussi pousser les portes des petites églises orthodoxes toutes discrètes pour un émerveillement garanti. En particulier l’église du monastère Stavropouleos, un des nombreux sanctuaires où les icônes, les fresques et les dorures s’animent à la flamme des bougies. Au détour d’une rue, on pénètre dans un passage en fer à cheval sous verrière, le Macca-Villacrosse. Ses boutiques et ses cafés sous la rotonde (dont des bars à narguilés) rappellent les années 1930, quand la capitale était surnommée le “Paris des Balkans“. Une époque révolue mais dont certaines rues gardent une ambiance nostalgique… qui sont aux antipodes du fameux palais du Parlement édifié sous les ordres du dictateur. Une visite importante aussi pour se faire une idée des ambitions pharaoniques d’un Ceausescu qui n’hésita pas à raser un tiers des quartiers de la ville pour ériger ce monument, le deuxième en volume du monde après le Pentagone ! Impossible de tout voir bien sûr. Parmi les milliers de pièces, de salons et d’antichambres, un quart seulement est ouvert à la visite. Le temps, en 2 heures, de voir les débauches de marbres sculptées, de parquets cirés, de tapis au kilomètre qui accueillent aujourd’hui le Parlement roumain, le Sénat et la Cour Constitutionnelle… Un contraste vraiment hurlant au cœur de cette capitale qui tente de reprendre souffle.

Y aller :
– En avion :
Paris-Bucarest A/R avec la compagnie Tarom. Prix 199 euros TTC
– Avec Amslav, tour-opérateur spécialiste des Balkans :
De Bucarest aux Carpates : transport aérien, hébergements et pension complète sur tout le voyage. Prix : 469 euros TTC. 4 jours/3 nuits
Tél. : Amslav : 01 40 59 43 10 (groupes) et 01 44 88 20 40 (particuliers)
Dormir :
– A Bucarest : Novotel****. Bien placé au cœur historique dans un ancien bâtiment restauré design. Piscine, hammam.
Rue Victoriei 37 B Secteur 1. Bucarest
Tél. : www.novotel.com
– A Poiana Brasov : Hotel Alpin****
Cette petite station de sports d’hiver est merveilleuse en été et tout près de la belle ville de Brasov. Tout le confort dans une ambiance de montagne
Tél. : +40 268 262 343


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À propos de l'auteur

Titulaire d’un DEA de Lettres modernes Sorbonne, complétés par l’ESJ Paris (Ecole supérieure de journalisme) et après 6 six ans au Venezuela dans le cadre de la Coopération culturelle, Catherine Gary enseigne à l’Université René Descartes, au Lycée Turgot et à l’Ecole Supérieure de Tourisme. Tout en pigeant pour des maisons d'édition : traductions, lectures de manuscrits, rewritings. En 1997, elle occupe le poste de chargée de mission à la Communication et aux Nouveaux médias du Centre Georges Pompidou. Puis se tourne vers le journalisme : rédactrice en chef adjointe d’un magazine de tourisme et chargée de communication pour un magazine littéraire. Spécialisée dans les reportages tourisme, culture et société, Catherine travaille régulièrement pour Famille & Education, Divas, Destination Cuba, Lindigo (rédactrice en chef adjointe) et Infotravel. fr

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