Perturbations record à Paris en 2025 : la cartographie des stratégies aéroportuaires
Double classement Flightright retards et annulations – trois aéroports franciliens, trois priorités face aux tensions
À Paris, voyager fluide est devenu un scénario optimiste. Plus de 123 000 vols ont été retardés ou annulés au départ de la capitale en 2025, soit un peu plus d’un sur trois. Pourtant, la statistique est trompeuse : toutes les plateformes franciliennes n’exposent pas les passagers aux mêmes perturbations.
Flightright publie aujourd’hui un double classement des aéroports parisiens, distinguant retards et annulations. Deux palmarès qui ne se superposent pas – révélateurs d’arbitrages propres à chaque site dans la gestion du trafic. Paris-Charles de Gaulle, Beauvais, Orly. Pas de « bons » ou de « mauvais » élèves, mais des priorités différentes selon la place occupée par chacun dans le système aérien français.

Paris-Charles de Gaulle arrive aussi en tête des annulations, avec près de 1 % des vols supprimés sur la période. Paris-Orly se situe à un niveau intermédiaire, tandis que Paris-Beauvais affiche le taux d’annulations le plus faible, malgré une forte exposition aux retards.
Deux classements, deux réalités. Un aéroport peut concentrer de nombreux retards tout en présentant un profil distinct en matière d’annulations. C’est dans cet écart que se lit le fonctionnement réel du trafic parisien.
Hub, low-cost, point-à-point : trois aéroports, trois mécaniques
Si les chiffres diffèrent, ce n’est pas un hasard. Les aéroports parisiens n’occupent pas les mêmes fonctions.
À Paris-Charles de Gaulle (CDG), la densité de vols interconnectés, compressés dans des fenêtres horaires étroites, maintient le système sous tension. Une seule annulation peut désorganiser deux à cinq rotations d’appareil, immobiliser un à trois équipages complets, faire dérailler des dizaines – parfois des centaines – de correspondances, et percuter au passage des hubs secondaires comme des créneaux critiques. Ici, le retard sert souvent de variable de régulation : décaler un départ permet de préserver la continuité du réseau. Mais quand ce remède menace d’aggraver la situation, la coupure s’impose – l’annulation. Résultat, malgré une logique d’absorption par le retard, CDG s’installe en tête des annulations parmi les trois aéroports parisiens.
À Beauvais, la logique est tout autre. Spécialisé dans le low-cost, l’aéroport fonctionne avec des rotations d’appareils très serrées et peu de correspondances. Chaque vol constitue une unité économique autonome : un avion, un équipage, un aller-retour, une recette directe. Dans ce modèle, une seule annulation peut coûter plus cher que plusieurs heures de retard cumulées. Beauvais privilégie le retard et ne tranche qu’en dernier ressort.
Orly, enfin, repose sur un trafic largement point-à-point. Là, le retard ne sauve rien : pas de correspondances à préserver, pas de rotations critiques à protéger. Il n’est donc pas un outil d’ajustement, mais un désagrément local, dépourvu d’intérêt opérationnel. Passé un certain seuil, il désorganise les équipages, brouille la grille horaire et complique le repositionnement des appareils. L’annulation peut alors s’imposer, comme une remise à zéro ponctuelle. Orly retarde donc peu et annule plus volontiers qu’à Beauvais, sans atteindre les niveaux d’un hub comme CDG.
« Derrière les chiffres, il y a des choix – et des contraintes. Paris-Charles de Gaulle raisonne en logique de réseau et absorbe une partie des perturbations par le retard. Beauvais n’annule qu’en ultime recours, tandis qu’Orly, plus point-à-point, occupe une position intermédiaire. La France n’a ni un système ultradécentralisé comme l’Allemagne, ni une organisation ultrahubifiée comme les Pays-Bas. Elle repose sur un modèle hybride, centralisé mais fragmenté. Paris assume trois rôles à la fois et gère le désordre aérien selon la fonction de chaque plateforme. » – Imane El Bouanani, responsable juridique France de Flightright
Au-delà des statistiques, les passagers
Pour les passagers, ces écarts ont des conséquences bien réelles. Un retard prolongé peut faire rater une correspondance. Une annulation impose de repenser tout un trajet. Connaître le profil de perturbation de l’aéroport de départ permet d’anticiper – et, dans de nombreux cas, de mieux faire valoir ses droits, en cas de retard comme d’annulation.
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