À San Francisco, le Castro Theatre rouvre après rénovation et retrouve son rôle de phare culturel et symbole historique de la communauté LGBTQ+.
On associe souvent San Francisco à ses icônes mondialement célèbres : l’incontournable pont du Golden Gate, Alcatraz, ou Fisherman’s Wharf et ses lions de mer. Pourtant un autre lieu concentre bien plus qu’un simple attrait touristique : le Castro Theatre. Après deux années de rénovation, cette salle mythique rallume ses néons, et renoue avec son rôle de cœur vibrant et culturel du Castro.

UNE ICÔNE DEPUIS 1922
Inauguré en 1922, le Castro Theatre naît comme un somptueux « picture palace » de 1 400 places, imaginé dans un style baroque espagnol. À la fin des années 1970, il devient un cinéma de répertoire, programmant films d’auteur, classiques et œuvres internationales. Très vite, la salle s’impose comme un pilier culturel pour la communauté LGBTQ+. En 1984, le San Francisco Gay Men’s Chorus y lance ses concerts “Home for the Holidays” la veille de Noël. L’année suivante, le théâtre accueille la première mondiale de Buddies, premier film majeur consacré à la crise du sida. Dans les années 1980 et 1990, le Castro Theatre dépasse son rôle de salle de spectacle : il devient refuge, lieu de mémoire et espace de célébration queer, au cœur d’une période marquée par l’épreuve et la solidarité. En 2008, le film Harvey Milk (film biographique de cet homme politique et militant emblématique du quartier) y est tourné et y célèbre sa première mondiale, restituant pour l’occasion l’enseigne du théâtre dans son esthétique des années 1970.
L’ÉPICENTRE DE LA CULTURE LGBTQ+
Pendant deux ans, la marquise du Castro Theatre est restée éteinte. En coulisses, pourtant, un vaste chantier s’activait. Le producteur indépendant Another Planet Entertainment (APE) a investi plus de 40 millions de dollars pour redonner vie à ce monument chargé d’histoire. Déjà à l’origine de la spectaculaire renaissance du Fox Theater d’Oakland en 2009, APE ne parle pas ici de simple restauration, mais de résurrection. Objectif : préserver l’âme du cinéma de répertoire tout en ouvrant la scène à la musique live, aux spectacles drag, aux podcasts et à l’humour. « Le Castro Theatre est l’épicentre de la culture LGBTQ+ à San Francisco, et probablement dans le monde », affirme Mary Conde, Senior Vice President d’APE. Une ambition claire : faire du lieu un espace vibrant, inclusif et durable, ancré dans sa communauté et tourné vers l’avenir.
RENAISSANCE ARCHITECTURALE

Le Castro Theatre brille à nouveau dans toute sa splendeur. Les fresques d’origine retrouvent leurs couleurs, le lustre Art déco de 1937 scintille, et le proscenium doré, caché pendant quarante ans, se dévoile enfin, resplendissant. L’œuvre de l’architecte visionnaire Timothy Pflueger, qui signa le design, reprend vie à travers chaque détail. Le chantier, mené avec un soin extrême pour respecter ce bâtiment centenaire, a aussi permis d’installer une climatisation complète, de moderniser l’accessibilité et de repenser le son, l’éclairage et les espaces sanitaires. Autre symbole fort : l’orgue légendaire revient. L’instrument historique, disparu en 2015, est remplacé par un orgue numérique théâtral de pointe, financé par la Castro Organ Devotees Association et conçu selon les souhaits du maître David Hegarty. Avec ses sept claviers et plus de 800 jeux, il s’élèvera à nouveau de la fosse avant chaque projection, frisson garanti.
UNE PROGRAMMATION HAUTE EN COULEUR
La réouverture officielle a illuminé le 6 février dernier le Castro Theatre avec la projection culte de Priscilla, folle du désert, célébrant le 20e anniversaire du Castro Community Benefit. Dès le lendemain, place à une résidence exceptionnelle de 20 dates du chanteur britannique Sam Smith. Les mois suivants s’annoncent tout aussi spectaculaires : Father John Misty, Perfume Genius, Jonathan Van Ness, CMAT, Kim Petras, John Waters et les icônes drag Alaska Thunderfuck et Alyssa Edwards monteront sur scène. Le légendaire festival de cinéma LGBTQ+ Frameline fêtera son 50e anniversaire du 17 au 27 juin 2026, tandis que le San Francisco Silent Film Festival et le San Francisco International Film Festival feront également leur grand retour, promettant une saison forte en émotions.
UN LIEU SACRÉ, SYMBOLE DE RÉSILIENCE
« L’importance du Castro Theatre pour les communautés du cinéma, de la musique et surtout LGBTQ+ ne peut être surestimée. C’est littéralement un espace sacré », rappelle David Perry, auteur et membre du conseil d’administration de la Chambre de commerce de San Francisco. Pendant les années les plus sombres de l’épidémie de sida, le théâtre fut un refuge, un havre de calme et de solidarité. Aujourd’hui, sa renaissance incarne la résilience du Castro et l’esprit combatif de toute la ville. Alors que San Francisco poursuit sa reprise post-pandémie, le retour du Castro Theatre agit aussi comme un moteur économique majeur pour les commerces alentours. Et maintenant que le néon « CASTRO » brille à nouveau, ce n’est pas seulement la réouverture d’une salle mythique : c’est le retour d’un symbole mondial de culture, de mémoire et de fierté.



