À moins d’une heure de Genève, la station haute-savoyarde de Megève cultive depuis plus d’un siècle un art de vivre singulier mêlant élégance, discrétion et authenticité d’une station aux petits chalets de bois.
Ici la montagne ne se contente pas d’être un décor. Derrière ses devantures de luxe et ses palaces alpins, se cache une station à l’âme profonde, façonnée par la terre, l’histoire et la vision audacieuse d’une aristocrate. Ici, la montagne n’est pas un simple décor : elle est une mémoire vivante.
Des pâturages à la destinée alpine
Aujourd’hui l’une des plus belles stations de ski du monde Megève n’était à l’origine qu’un bourg de montagne prospérant grâce à l’élevage et aux alpages. Son destin bascule en 1860, lorsque la Savoie vote son rattachement à la France. Mais c’est dans les années 1920 que le village entre véritablement dans la modernité en devenant la première station de ski française sous l’impulsion de la Famille de Rothschild.
Noémie de Rothschild, désireuse de créer une station alpine raffinée, loin de l’influence suisse de Saint-Moritz alors très fréquentée par l’aristocratie allemande, charge son majordome de trouver un site conjuguant bien-être, nature et forêts.
Son choix se porte sur le Mont d’Arbois qu’elle achète tout en laissant les terres agricoles aux fermiers, leur permettant de continuer à vivre et à travailler. Un geste fondateur, qui a préservé l’équilibre du village et explique la présence d’une population permanente — près de 3 000 habitants à l’année — . Un chiffre qui rappelle l’équilibre fragile entre vie locale et attractivité internationale.
Soucieuse d’un développement harmonieux, elle protège les forêts, en replante, impose le respect des chalets traditionnels. Rapidement, la haute société européenne et les têtes couronnées affluent. Megève devient un lieu de villégiature prisé, discret et résolument chic.
Le ski, ADN de la station
L’essor des sports d’hiver suit naturellement. Dès 1933, le premier téléphérique de Rochebrune est inauguré. L’enfant du pays, Emile Allais, entre dans l’histoire en remportant la médaille de bronze en combiné aux Jeux Olympiques de Garmisch-Partenkirchen, devenant ainsi le premier médaillé olympique français en ski alpin. Suivront 3 médailles d’or en 1937 aux championnats du monde de Chamonix.
Megève s’illustre aussi dans la mode : le tailleur Armand Allard y crée le célèbre pantalon fuseau, référence incontournable jusqu’aux années 1960. La maison AAllard a célébré cette année son centenaire.
Aujourd’hui, le domaine skiable offre près de 450 km de pistes, avec les stations de Combloux, La Giettaz, Saint-Gervais, Saint-Nicolas-de-Véroce, et Les Contamines-Montjoie, faisant de Megève une référence alpine.
Palaces, chalets et art de recevoir
L’hôtellerie participe aussi à l’identité de la station. Noémie de Rothschild fait construire l’hôtel du Mont d’Arbois, inauguré en 1921, qui accueille parmi ses fidèles le roi Albert Iᵉʳ de Belgique. Surnommé le « palace des neiges », il devient emblématique tout comme l’Hôtel du Mont-Blanc ouvert en 1849. Jean Cocteau y réalise une fresque mythique dans la salle à manger, témoignage de ses villégiatures dans ce lieu élégant.
Elle fera construire dans les années 30, également sur le mont, des chalets d’une modernité insolente par l’architecte Henri-Jacques Le Même. Il restera dans l’histoire pour avoir inventé le célèbre “chalet du skieur”, avec une ski-room, pensée pour laisser glisser la neige à l’entrée.
Préserver l’âme alpine
Des initiatives tentent de préserver le patrimoine du village. Les Fermes de Marie en sont une belle illustration. Une aventure portée par Jean-Louis Sibuet, nourrie par une histoire familiale forte. Son concept : racheter des chalets traditionnels – plus de 50 fermes anciennes en bois ont été démontées, numérotées puis remontées – les transformer en résidences hôtelières, sans jamais trahir leur âme.
Megève compte aujourd’hui 6 hôtels 5* étoiles et un restaurant trois étoiles au Guide Michelin Le flocon de Sel dont le chef est Emmanuel Renaut.
Un village vivant, toute l’année
A Mégève, l’histoire s’inscrit dans chaque pierre. Sur la place de l’église Saint Jean-Baptiste édifiée en 1202, la tour vestige de l’ancien château fort rappelle que le village fut jadis un site stratégique, bien avant de devenir une station élégante tournée vers l’art de vivre. Le Calvaire, réplique fidèle de celui de Jérusalem, témoigne d’un passé spirituel profondément ancré. L’église domine la place centrale, rappelant le rôle structurant de la foi et de la terre dans la vie d’autrefois. Ici, sans les vaches, pas de fermes ; et sans fermes, pas de paysage. Une évidence que Megève n’a jamais oubliée.
Bien au-delà du ski
Un état d’esprit qui séduit une clientèle fidèle, souvent familiale. Aujourd’hui, seuls 50 % des visiteurs viennent principalement pour skier. Les autres profitent d’infrastructures variées : le Palais Megève pour le bien-être (piscines, sauna, hammam, massages), le Palais des Congrès qui accueille de nombreux événements comme le Mégève Leadership, consacré au leadership humaniste. L’occasion de rencontrer des acteurs essentiels du monde de la montagne comme Pascal Sancho, ancien responsable d’une unité d’élite du secours en montagne de la police nationale, et dont la 2e édition est annoncée pour 2027 du 19 au 24 avec un week-end pour le grand public et 3 jours en semaine dédiés aux entreprises. Ou encore la patinoire, où il faut absolument assister à un match des Yétis du Mont-Blanc, l’équipe locale de hockey.
À Megève, le véritable luxe n’est jamais tapageur et il fait sa singularité. Ce village a su grandir sans se renier, préserver son paysage tout en accueillant le monde. Ici, la modernité avance à pas feutrés, portée par une histoire vivante et un art de vivre qui se transmet, saison après saison.

