La force des mots : escale au Golfe des Poètes

Golfe des Poètes, Boccace et Dante en chantèrent la beauté, tout comme Eugenio Montale – prix Nobel de la littérature 1975 – et Vincenzo Cardarelli.

Wagner y trouva son inspiration pour le prélude de « l’Or du Rinh », Percy Bysshe Shelley y habita avec sa femme, Mary. Il semble aussi que Lord George Gordon Byron, nageur expérimenté, ait parcouru à la nage les 7,5 kilomètres qui séparent San Terenzo de Portovenere, et que David Herbert Lawrence ait longuement séjourné près de Lerici, tout comme Emma Orczy, auteur du «  Mouron Rouge »… C’est ainsi que, en 1919, le dramaturge Sem Benelli baptise « Golfe des Poètes » cette charmante baie enlacée par deux villages évocateurs et située au sein de la côte orientale de la Ligurie.
Le « Golfe des Poètes » comprends trois communes : le bourg de Portovenere, à l’ouest, le village de Lerici, à est, et La Spezia – chef lieu de ce département de la région – au coeur de ce trait côtier.

Malgré ses origines très anciennes – dont témoignent des vestiges et des reliquats romains – La Spezia a connu un essor tardif, en restant longtemps sous la domination de Gênes. Ce fut Napoléon, au début du XIX siècle, à comprendre le potentiel de développement de ce lieu, qu’il nomme « préfecture maritime » en 1808. Napoléon, à l’époque Empereur de France et Roi d’Italie, envisage d’y construire un port militaire, initiative qui fut reprise dès la fin du siècle par Camillo Benso, comte de Cavour, premier ministre du royaume de Sardaigne. Cette prédestination martiale, à l’origine de l’essor économique de la ville, a également causé sa destruction, à l’époque de la Seconde Guerre Mondiale : La Spezia fut la troisième ville italienne la plus frappée par les bombardements. Cela explique son architecture plutôt récente, à l’exception de quelques bâtiments et églises, notamment dans le centre ville, ainsi que du château de San Giorgio. Port militaire et commercial de renom, La Spezia est aujourd’hui en train de développer son pôle touristique, en misant sur le patrimoine naturel et historique de ses petites communes limitrophes.

Les origines du village de Lerici, situé à l’est de La Spezia, demeurent quelques parts incertaines : une légende veut qu’Héraclès créa le village, en honneur de la déesse Vénus. Au delà du mythe, il parait que Lerici – anciennement « portus illycis », dérivant du grec « iliakos », signifiant iliaque, troyen – ait été édifié par des réfugiés grecques. Dominé par sa forteresse médiévale, ce village fut longtemps à l’origine de conflits d’entre les puissances de Gênes et Pise, qui bramaient, chacune, la possession de cet emplacement stratégique. Le château San Giorgio – qui porte le même nom que celui de La Spezia – fut bâti par les pisans au XIII siècle, avant d’être agrandi et réaménagé par les génois, qui reprennent le pouvoir  à partir de 1256. A l’intérieur de ceci, il se trouve la chapelle de Sant’Anastasia. Aujourd’hui, cette forteresse accueille un Musée de géopaléontologie. Autres constructions d’intérêt historique et architectural, la paroisse de San Francesco (1632), ainsi que l’oratoire de San Bernardino et celui de San Rocco. Lerici se développe fortement au cours du Moyen Age, car lieu de passage obligé pour commerçants et pèlerins souhaitant rejoindre, notamment, l’Italie du nord, l’Europe centrale, Rome ou encore Santiago de Compostela. Aujourd’hui, Lerici est une station touristique et balnéaire assez prisée : pour les inconditionnels des petits villages traditionnels et des paysages préservés, mieux vaut un détour du coté de Tellaro – bourg aux origines étrusques – et de Fiascherino – petit village de pêcheurs à sud de Lerici. Entre La Spezia et Lerici, se trouve le village de San Terenzo, où, à Villa Magni, ont longtemps vécu le poète Percy Bysshe Shelley et sa femme Mary, auteur de « Frankenstein ». Le trajet reliant San Terenzo et Lerici peut aisément se parcourir à pieds.

A délimiter le Golfe des Poètes, à l’ouest de La Spezia et en direction des Cinque Terre, se trouve Portovenere, bourg enchanteur aux maisons bariolées et aux ruelles pittoresques, déjà évoqué par Pétrarque, en 1338. Á l’époque, ce village vante déjà une belle histoire, car l’itinéraire maritime de l’empereur Antonino Pio (161), prouve que ses origines sont bien plus anciennes. En 643, ce hameau fut détruit par les troupes de Rotari, roi des Lombards, qui parvient à conquérir la région. Florissant aux Moyen Age, du fait de la création d’un monastère sur les îles à proximité, Portovenere est acquis par les génois – qui souhaitaient édifier un bastion fortifié pour se protéger de Pise – en 1113. Cette finalité explique l’architecture du village, caractérisé par ses « maisons –tours » de style génois – hautes, étroites et enchaînées l’une à coté de l’autre – à la fois habitations et barrière supplémentaire de défense. En 1160, des longues murailles viennent entourer le village et son église San Lorenzo, construite entre 1118 et 1130. La suggestive église de San Pietro – édifiée à pic sur les rochers et la mer, perçant l’horizon – fut construite en 1256, en guise de remerciement envers la population de Portovenere, pour sa contribution lors des batailles menées par les génois contre Pise, qui domina le proche village de Lerici durant plus d’une décennie. Unique en son genre, cette église – érigée en style gotyque-génois – fut bâtie sur le sommet d’un rocher escarpé accueillant, plus anciennement, un temple païen dédié à la déesse Venus, qui donne le nom au bourg. Même la majestueuse forteresse de Portovenere, édifiée à plusieurs reprises d’entre 1458 et 1751, aurait été bâtie sur les vestiges d’un château bien plus ancien. En 1606, c’est la « Torre Scola » – un poste de repérage érigé sur un solitaire rocher entouré par la mer, proche de l’île Palmaria – qui voit le jour.

L’île Palmaria, avec les îlots Tino et Tinetto, fait partie de l’archipel de Portovenere : un “Parc Naturel Régional” est crée en 2001, afin de protéger l’ensemble de ces localités. Depuis 1997, Portovenere et ses îles ont été inscrits au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, tout comme les Cinque Terre.
Le bras de mer séparant Portovenere de l’île Palmaria est normalement consacré à la navigation : il n’est donc pas possible de se rendre, en nageant, d’une côte à l’autre. Cela, sauf en août, quand la commune bloque, le temps de quelques heures, le trafique maritime. C’est alors que, par tradition, les habitants du lieu se jettent à la mer – le plus souvent à l’aide de bouées gonflables aux airs fantasques et aux couleurs criardes – pour rejoindre l’autre rive.

D’entre le lieux le plus magiques et évocateurs de Portovenere, la « Grotta Arpaia », située juste derrière l’église de San Pietro et rebaptisée « Grotta Byron » en hommage du poète anglais, qui parcourut à la nage le 7,5 kilomètres séparant San Terenzo de Portovenere. Sa prouesse est aussi à l’origine d’une épreuve de natation désormais traditionnelle, dénommée la « Coupe Byron ».
Autre rendez-vous historique, le « Palio del Golfo », une compétition sportive qui a lieu chaque année, le premier dimanche du mois d’Août. Lors de cet événement, 13 équipes – représentatives de 13 contrées – se défient à la rame, à bord d’embarcations inspirées du typique « gozzo » ligure et réalisées à la main par des artisans locaux. Les défilés des chars des contrées, un spectacle pyrotechnique et une foire accompagnent, entre autres, cette manifestation.
Fin Août, La Spezia accueille également le Festival International du Jazz, auquel participent des artistes de renom international, tels Steve Grossman, Chick Corea, Miroslav Vitous, Roy Haynes, Shawnn Monteiro, Dusko Goykov…

Les trois communes du Golfe des Poètes sont reliées par voie maritime, ce qui fait que, en été, il est possible de se déplacer d’entre celles-ci en profitant d’une paisible ballade en bateau. Les ports touristiques respectifs constituent également des escales permettant de rejoindre aisément les localités des Cinque Terre.

Informations pratiques :

Site de la région de La Spezia: http://www.turismoprovincia.laspezia.it
Site du golfe des poètes: http://www.golfodeipoeti.com
Commune de Lerici: http://www.comune.lerici.sp.it
Site de Porto Venere: http://www.prolocoportovenere.it/fr/index.php
Excursions en bâteau: http://www.navigazionegolfodeipoeti.it/

Crédits photos : Valentina Tosi et S. Cipriani, Archive photographique Provincia della Spezia


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À propos de l'auteur

Robert Kassous à été le responsable Tourisme à l’Obs pendant près de 20 ans.Photographe, reporter, il a créé et dirigé le Magazine Week-end du Nouvel Observateur. Après un passage d’un an chez Challenges et Sciences et Avenir, il se consacre désormais à son site Infotravel.fr dont il assure le développement grâce à sa formation à Sciences PO Paris Master 2 en Management des Médias et du Numérique.
Il collabore à différents magazines print ou web comme Historia, Tourmag, A/R, Cuba Magazine. Passionné de Voyages et de rencontres, il a créé et animé les déjeuners Tourisme de l’Obs pendant 10 ans. Il est également l’invité de grands médias français pour son expertise sur le tourisme, LCI, Soir3, Europe 1, AFP etc. Administrateur du PressClub depuis 2011, il organise avec Isabelle Bourdet, la directrice générale du PressClub de France, des déjeuners afin de connaître toutes l’actualité des Offices de Tourisme, Tours Opérateurs, Compagnies Aériennes, ainsi que toutes les institutions représentatives des professions liées au Tourisme. Avec le Sociologue Guillaume Demuth, il anime des conférences en entreprise ou sur des salons comme le Salon Mondial du Tourisme, Top Résa etc . L’idée étant de comprendre et anticiper les différents changements de comportement des touristes, connaître l’impact des nouvelles technologies, leurs applications et implications dans le monde du Tourisme.
Robert est membre de l’Association des Journalistes de Tourisme (AJT)

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