Nice, Matez mes Matisse

Matisse a habité Nice, et Nice a habité Matisse. Il y réside près de 40 ans, de quartiers populaires en collines résidentielles. Nice gouailleur et Nice bourgeois, lieux de vie et de promenade, de travail et d’inspiration. Emboitez le pas du fauve, à travers la ville et les 8 expositions qui lui sont consacrées cet été.

 

Septembre 1905 : le critique d’art Félix Fénéon offre à Matisse, souffrant, un billet de train qui lui permet de découvrir Cannes, Nice, Monaco et Menton.  Douze ans plus tard, c’est sur Nice que le peintre porte son dévolu. ll s’installe à l’hôtel Beau-Rivage, juste derrière le quai des Etats-Unis. Il pleut sans discontinuer. «Contraint de travailler dans une chambre d’hôtel assombrie, j’en étais réduit à peindre mon parapluie dans le seau de toilette ». Désabusé, le peintre jette le pinceau et fait ses valises. Le matin de son départ, le soleil pointe son nez. Captivé par cette lumière qui transcendera ses œuvres, c’est ici qu’Henri décide de s’établir. L’été à Paris, Tanger ou Barcelone, mais l’hiver, toujours, il revient à Nice, aimanté par cet éclat qui couvre d’un voile chatoyant les façades ocres, orangées ou sienne de la vieille ville.

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Nice, qui s’étage, qui nous met en nage, lorsqu’on part à l’assaut du Mont Boron. Un chemin de terre, des peintres du dimanche et voilà le décolleté plongeant vers la baie de Villefranche. « Je domine Nice, je suis au col de Villefranche, le soleil se lève derrière moi ». Sur le boulevard homonyme, une impasseXX dissimule d’élégantes maisons derrière hautes grilles et masques de verdures. Au 138, la villa des Alliés, moins bourgeoise mais tout aussi discrète. Matisse y restera 8 mois à peine, en 1918 avant de redescendre en cœur de ville : il squatte l’hôtel de la Méditerranée et de la Côte d’Azur, sur la Promenade des Anglais jusqu’en 1920. L’établissement à disparu mais, à un pâté de maison à peine, on s’arrête au musée Masséna ; le thème de l’expo : Palmiers, palmes et palmettes, plante emblématique de la ville, motif antique s’il en est, maintes fois repris de Monet à Picasso, obsessionnel chez Matisse.

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Des vieux qui discutent face à la mer, un gamin en trottinette, une dame promenée par son chien : la célèbre promenade des Anglais offre une image immuable mais trop bruyante avec son cortège infernal de voitures. Boudant la plage, on emprunte la rue St François-de-Paule, glissant devant l’opéra, à l’architecture approuvée par Garnier lui-même. Voici le cours Saleya qui bruisse chaque jour de son marché. Le lundi, c’est brocante. Chic, la brocante, qui attire Anglais, Russes ou Italiens. Ici un poignard népalais, là des montres à gousset, plus loin, une ménagère 1930 signée Christofle. Un marché truffé de trouvailles, que l’on parcourt tranquillement avant de s’installer en terrasse, pour grignoter une assiette de petits farcis. Un coup d’œil à la façade dorée du palais XVIIe au n°1 de la place Charles-Felix : de 1921 à 1938, Matisse y investit, d’abord le 3e étage puis le 4e. Il est à deux pas de la Galerie des Ponchettes, cet ancien arsenal de la marine sarde, converti en halles AUX poissons avant de devenir un musée inauguré en 1950 par Matisse himself. Le peintre y revient, cet été, à travers une expo consacrée aux affiches, support qui l’enthousiasma tout particulièrement.

 

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Quelques mètres, des galeries creusées par les Allemands. En lieu et place des caisses de munitions, les ascenseurs délivrent désormais leurs bataillons de touristes sur la colline du château. Le château, ne le cherchez pas : il n’en reste que des ruines souvent planquées dans les buissons. Un jardin d’enfants, les vestiges de l’ancienne cathédrale, une cascade artificielle aménagée sur le site de l’ancien donjon et, surtout, une vue spectaculaire sur la baie des Anges qui inspira Matisse pour sa « Plage à Nice, vue du château ». On redescend, à pied, pour se perdre dans le Vieux Nice, tout en venelles dédiées au shopping, bars et restaus. Le hasard pour guide, on découvre, ici le marché au poissons, plus loin la cathédrale Sainte-Réparate, pour tomber en arrêt devant le somptueux palais Lascaris, au baroque génois assumé. On y découvre l’expo Les années Jazz, qui décline la fameuse technique des papiers découpées à travers l’album Jazz, bien sûr, mais aussi la Danse ou encore le décor du Rouge et Noir pour les Ballets Russes de Monte-Carlo.

 

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Une volée de marches, une porte, on déboule sur le boulevard Jean Jaurès. Le tram. Des barrières de chantiers. Des palmiers et des bigaradiers narguent déjà du haut de leur feuillage le promeneur curieux : bientôt, la coulée verte livrera sa promenade, tout en gazons et miroirs d’eau. Elle ressuscite  par son trajet, le cours du Paillon enterré au XIXe siècle. Dans le prolongement de la place Garibaldi – qu’on investira plus tard, pour s’octroyer un happy hour ! – le Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain a choisi de mettre en exergue les artistes contemporains ayant poursuivi le dialogue avec Matisse, s’inspirant de ses intérieurs, de ses portraits, de la danse ou des papiers découpés. Rompant avec l’architecture contemporain du Mamac, l’imposant lycée Masséna, tour à tour impérial, jésuite et enfin public, pose son ombre majestueuse sur la rue Niel; au 8, un ancien garage : il servit d’atelier à Matisse pour La Danse commandée par la fondation Barnes. A 500 m, nouvel arrêt au  Théâtre de la photographie pour confronter les sculptures de Matisse avec une partie de la collection de photos d’Amedeo M. Turello ; le  point commun ? La femme, éternelle muse et modèle.

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Il faut savoir s’affranchir du vieux Nice, découvrir les maisons art déco du quartier des Baumettes. On passe la grille discrète du musée des Beaux-Arts – installé depuis 1928 dans une villa au parfum de renaissance italienne –  pour un hommage imaginaire de l’élève Matisse à son maître Gustave Moreau où se glissent quelques œuvres de Mossa, premier directeur du lieu, peintre local mais symboliste oublié.

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Toujours plus haut. Plus luxueux. Plus tranquille aussi : la colline de Cimiez devient en 1938 le fief définitif de Matisse. D’abord au 61 du boulevard homonyme, au British Hotel –  aujourd’hui  siège d’une agence bancaire – avant de prendre ses quartiers dans le luxueux Regina, impressionnant paquebot érigé par Biasini pour la reine Victoria. A deux pas, les ruines romaines de Cemenelum avec ses arènes, ses thermes et surtout son parc planté d’oliviers, lieu de promenade d’un Matisse convalescent en 1941. La villa aux murs rouge sang ne pouvait qu’abriter le musée Matisse. C’est peut-être l’un des thèmes les plus connus mais aussi les plus complexes qu’aborde l’expo estivale :  La musique à l’œuvre ». Souvent associée à la danse. Pour ce violoniste amateur, en autoportrait pour le collectionneur russe Chtchoukine, ou plus tard à travers les décors du ballet Le Rossignol  commandé par Diaghilev, la musique est une nécessité picturale : «  Il y a des feuillages, des fruits, un oiseau. Mouvement modéré, apaisant ». explique-t-il à propos d’une composition murales de papiers découpés. « J’a retiré ce motif (…). Je l’ai retiré parce qu’il y avait un mouvement violent. Ce mouvement faussait la partition générale. Un andante et un scherzo qui se heurtaient ».   Mais l’une des pièces majeures de ces expos se trouve au musée d’archéologie adjacent : au côté de la version céramique de La Piscine, des œuvres d’artistes contemporains –  photos, vidéos -renvoient à des objets antiques liés à l’eau. Pour finir, on va saluer le maître, enterré avec sa femme Amélie à  l’ombre du monastère. A quelques pas, Raoul Dufy repose aussi. Un autre fauve.

 

 

Pratique

 

Y aller : la Navette Air France relie les principales villes de France à Nice. www.airfrance.fr

 

Y loger : l’hôtel Beau-Rivage 4*, où logea Matisse, a été entièrement rénové par Jean-Michel Wilmotte. Très central, il bénéficie en outre d’une plage privée. A partir de 350 € la nuit. www.hotelnicebeaurivage.com

 

Se restaurer : Au Safari, sur le cour Saleya dont la terrasse ne désemplit pas. Petits farcis fondants, et accueil très sympathique. http://www.restaurantsafari.fr/

 

Un été pour Matisse

Les huit expos consacrées à Matisse jusqu’au 23 septembre permettent de toucher du doigt l’éclectisme du peintre, la rigueur de son travail, l’obsession de certains thèmes en réunissant des œuvres provenant de nombreux musées. Parmi les œuvres exceptionnelles,  la Tristesse du Roi,  exposée au musée Matisse.

Un “PASS musées” (10 €/ 7 j. consécutifs) donne accès à l’ensemble de l’événement et aux collections permanentes.
Pour tout savoir : http://matisse2013.nice.fr/

 

Pascale Missoud

À propos de l'auteur

Après avoir grandi dans un hôtel parisien, traîné ses bottes entre une école de langues et la pampa argentine, Pascale est tombée par hasard dans le journalisme de tourisme. Formée par un vieux briscard au Figaro, elle a tout de suite choisi la voie de l’indépendance, voyageant pour les rubriques « tourisme » de supports aussi divers que « Le Nouvel Economiste », « Série Limitée », « Le Parisien », « L’Express », « Paris Absolument », « A nous Paris » ou « Libération »… Elle accomplit régulièrement des reportages sous toutes les latitudes pour le magazine pro « Tour Hebdo ». Elle est notamment et notablement spécialiste de la République dominicaine et de l’Argentine. Elle surveille également les nouvelles tendances de l’hôtellerie pour les magazines plus ciblés « Hôtel Restau Hebdo » et « HTR Mag ». En outre, Pascale a publié plusieurs guides pour « Le Figaro » et les Editions Mondéos. Elle est spécialiste du polar dont la dévoration en série lui a valu le surnom d’Animal Lecteur. Pascale est membre de l’Association des Journalistes de Tourisme (AJT).

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